vendredi 22 mai 2009

Projet "ArtBike" - 5






Voilà, deuxième expérience terminée. Le cadre n'attend plus que son lissage final et sa couche de vernis chez Exor Peinture. La tridimensionnalité est un peu déstabilisante pour moi qui n'ai touché que le plat jusqu'à présent. Mais cela a déclenché quelque chose que je compte bien explorer plus à fond.

Projet "ArtBike"

vendredi 15 mai 2009

Projet "ArtBike" - 3



Aujourd'hui, j'ai peint dehors. Quelle sérénité! Quelle lumière aussi. Il faisait beau. C'est drôle, mais du fait que d'ordinaire je peigne par terre, je n'ai jamais considéré peindre à l'extérieure. Car il ne s'agissait pas ici de peinture sur toile, mais sur cadre de vélo. Et compte tenu des émanations des peintures et solvants utilisés pour ce genre d'exercice, l'air frais et le vent étaient tout indiqués.

Peindre en entendant les souffles d'air passer dans les jeunes feuilles d'arbres de ce printemps. Ce bruissement accompagné de la frénésie retrouvée des oiseaux, tout cela était... bucolique. Je comprends les peintres du dimanche avec leurs attirails escamotables. Mais ils feraient un drôle d'air si j'arrivais avec mon trépied, hi-tech, soutenant un cadre de vélo monocoque carbone... Je payerais cher pour voir leurs regards ahuris!

Il ne faisait pas trop chaud. Mais tout de même, la peinture, dans les petits pots, "coagulait" rapidement. Du début à la fin de la séance, la viscosité du médium avait changé radicalement. Il faudra que j'adapte la technique.
Toutefois, du fait que l'apprêt ait été cette fois-ci catalysé, c'est-à-dire qu'il est durcit par un réacteur chimique, il est bien plus facile à travailler. Il ne se dissout pas à l'application au pinceau de la peinture.

Ce second cadre est la suite de l'autre. Je pense que l'idée germe tranquillement dans l'esprit du "big boss". Il est séduit par le concept de recyclage. J'appellerais cela du "recyclisme"!

Projet "ArtBike"

mercredi 13 mai 2009

Le bon vélo


photo : Hugues Lapointe

Parlons design : LE BON VÉLO

Utopie ou fantasme absolu, mais un de mes buts, sinon le principal, en termes de design de vélo, est de créer LE BON VÉLO.
Nous vivons dans un monde où chaque objet a une fonction, une classification, une désignation. Et le monde du cyclisme n'y échappe pas, vraiment pas. Il y a autant de sortes de vélos que de sortes de cycliste. Vélo de route, de compétition, de tourisme, de ville, de plage, hybride confort, hybride performance, vélo de montagne, de cyclocross, de cyclosport, de "freeride", de "dirt jump", de "all-moutain", de "down hill", de piste, de triathlon, de "cross-country", etc. La liste ne semble pas en finir.
Mais quel est le vélo qui s'adresse au quidam, à la personne qui n'a aucune connaissance du sujet, celui-là même qui se dit un jour : j'ai besoin d'un bon vélo. Point.

Dans un magasin de vélo, le vendeur, s'il est consciencieux, servira au quidam un véritable questionnaire afin de déterminer exactement quel type de vélo cette personne à besoin. Mais voilà, cette dernière ne cherchait qu'un bon vélo. BON était le seul qualificatif qui correspondait à son besoin. C'était avant tout d'un VÉLO qu'il s'agissait.

Certes un vélo ne peut pas tout faire, bien sûr. L'hybride fût alors inventé afin de répondre à un certain besoin. Mais l'hybride, de mon point de vue, est une aberration. Mi-vélo de montage, mi-vélo de route, il n'est bon ni pour l'un ni pour l'autre. En générale utilisé en ville, il est "overdesign", donc trop lourd, flanqué souvent de gros pneus, voire même à crampon. On ne peut définitivement pas parler ici de BON vélo.

Qu'est-ce alors qu'un BON VÉLO? En vérité, je ne le sais pas encore. C'est le but de ma recherche. Ce que je crois est que ce dernier doit avoir des qualités fonctionnelles et émotionnelles. Les qualités fonctionnelles peuvent être contrôlées. Le choix de bons composants, de bons matériaux est une première étape. Bien sûr, la contrainte budgétaire est tout un défi. il doit être abordable. Mais pas trop! Pas trop? Oui, pour ne pas être de qualité inférieure, mais aussi parce que dans notre monde matérialiste, tout est affaire de perception. Si un objet est trop bon marché, il aura une valeur amoindrie et donc on ne le respectera pas à sa juste valeur. Et l'entretien d'un vélo est un gage de sa durée de vie et par le fait même de sa durée d'utilisation. De toutes façons, si on arrivait à un prix extrêmement bas, cela voudrait dire qu'effectivement nous avons choisi des composants de piètre qualité.
Qualités émotionnelles? Oui car si on est séduit par la machine, on aura alors beaucoup plus facilement l'envie de l'utiliser et, encore fois de l'entretenir comme il le faut.

Alors je crois que nous avons fait un pas dans la bonne direction. Ce n'est peut-être pas encore LE BON VÉLO, mais à voir les réactions que suscitent ce vélo, cela nous encouragent.
Dès leur sortie, le Cervin et le Classico ont généré beaucoup d'intérêt et, ce qui me rempli de joie, par toutes sortes de personnes, dans divers groupes d'âge et dans divers milieux.

lundi 11 mai 2009

Tout est faux

« Tout est faux », au dire de l'article de ce matin « Bixi, blogue et bullshit » de Patrick Lagacé de la Presse qui a démasqué le blogue "À vélo citoyens", comme quoi ce dernier, sous un aspect de blogue pseudo personnel, était en fait une initiative d'une boîte de marketing pour Stationnement Montréal pour faire la promotion du vélo-libre service Bixi.

Faire la publicité du Bixi est une bonne chose, cela va sans dire, mais j'avoue être troublé par le moyen utilisé, par l'apparence de réalité, par la fabrication de toutes pièces de personnages bloguistes à des fins de racolage publicitaire. (Je peux vous assurer qu'ici, nous sommes bien réels!!).
Non seulement cela porte ombrage au lancement du Bixi lui-même, mais aussi, et surtout, cela porte ombrage aux blogues cyclistes comme le nôtre.

Je sais que la ligne est fine entre l'aspect commercial, car on ne le cache pas, Opus vend des vélos, et entre un réel désir, peut-être utopique, mais sincère, de faire partager un point de vue différent face au cyclisme urbain, d'engendrer un mouvement nouveau et peut-être même un certain art de vivre.
C'est le désir de parler aux personnes qui ne savent peut-être pas que le cyclisme urbain peut être vécu bien au-delà de la simple solution de transport. C'est le désir de créer une symbiose entre le déplacement et la culture d'une ville.

Si le blogue Urbanista ressemble pour certains à une autre plateforme publicitaire, alors nous aurons raté notre objectif pour ceux-là. Pour les autres, j'espère que ce blogue vous plaît et que vous y trouvez une source d'inspiration à vous déplacer à deux roues plus agréablement qu'auparavant dans le contexte urbain.

...Merci de votre attention, nous reprenons maintenant le cours de nos émissions!

vendredi 8 mai 2009

En amour


Opus Cervin 09
Photo : Alec

Difficile d'être parfaitement objectif lorsqu'on est en amour. Oui, je suis en amour avec le Cervin. Je ne pense qu'à mettre mes mains sur le confortable guidon aux poignées de cuir. L'agilité de ce vélo me surprend à chaque occasion que j'ai de rouler. Et les occasions se multiplient. En fait les prétextes se multiplient. Et c'est exactement ce que nous voulions comme effet : transmettre une envie irrésistible de prendre son vélo pour la moindre occasion. Besoin d'une pinte de lait? Pas de problème, j'enfourche mon vélo. Oh, j'ai oublié de prendre du pain! Pas de problème j'y retourne immédiatement!

Et le plaisir de rouler sur une monture hors du commun, de stationner le vélo devant un magasin et de voir les têtes se retourner, voir les sourires admiratifs ou les regards interrogatifs.
Oui, je suis très fier de ce vélo. On l'a réussi.

lundi 4 mai 2009

Pause café


Photos : Alec

Bistro Le République, avenue Bernard, Outremont

Si vous vous balader en vélo du côté d'Outremont, par une de ces belles journées printanières, vous irez faire une pause café au Bistro Le République sur l'avenue Bernard, à l'angle de la rue Durocher.

Du Bistro Le République, on pourrait dire que c'est un lieu sympathique et chaleureux au coeur d'un quartier vivant, que c'est devenu le bistro incontournable du coin. Mais c'est bien plus que cela encore. Il y a de ces places qui ont une certaine aura, un charisme particulier qui séduit. Le côté de la rue? La lumière? L'accès? Le style? La clientèle? On ne peut pas mettre le doigt sur l'élément facteur de réussite. D'autres cafés restaurants dans le même quartier, sur la même rue n'ont pas passé à travers le temps comme celui-ci. Mais une chose est sûr, c'est que les gens qui nous servent, tout comme ce qu'ils nous servent, créent un sentiment d'attachement rapidement. On y revient et on y reste.

Étudiants, créateurs, acteurs, artistes, tous se côtoient, les uns concentrés sur leur laptop (le café offre la connexion sans fil), sur leur livre ou sur leur journal, les autres animés de discussions passionnées sur leurs projets en cours, leur création ou leur histoires. Car ici, on prend le temps. On a le temps.

Et sitôt que les temps chauds reviennent, la terrasse offre un "balcon ville" sur la faune urbaine. On salue des amis de passage, on s'arrête pour un brin de causette... Il y a un va-et-vient énergisant.

Le Bistro Le République est aussi une brûlerie. On y sert donc un excellent café. Le comptoir offre aussi un vaste choix de café en vrac. Le côté restauration est simple, finement élaboré et de très bon goût. Les tables d'hôte, nouvellement ajoutées au menu, font fureur. Il y a une carte des vins bien remplie et un côté bar très convivial. C'est aussi une place très "cool" pour les 5 à 7.

Récemment, il y a eu un changement de propriétaire assez particulier. On pourrait se dire que cela aurait pu sonner le glas de ce petit café. Mais bien au contraire, ce changement, ou plutôt cette passation de pouvoir, fait suite à une logique plutôt anecdotique. Jeanne Goujon, la nouvelle propriétaire, nous raconte :

« J'ai commencé à travailler au Café République en 2001, lorsque j'ai entamé mes études universitaires. Très vite j'ai pris goût à la restauration, et Titus, le propriétaire à l'époque, m'a appris toutes les bases du service, qui me serviraient tout au long des années à suivre. Titus, toute l'équipe et moi-même sommes devenus très proches, et une ambiance familiale s'est vite installée - nous sommes même partis en voyage tous ensemble! C'est à la même époque que j'ai fait la rencontre de Simon, un client régulier qui avait lui aussi travaillé au Café lorsqu'il était plus jeune. Nous avons passé deux années ensemble en tant que couple, et le Café était notre deuxième chez soi; on déjeunait ensemble, donnait rendez-vous à nos copains et familles, prenaient l'apéro sur la terrasse... Je crois que nous avons passé plus de temps au Café que chez nous durant notre relation!

J'ai quitté le Café en 2006 pour entreprendre le poste de gérante dans un restaurant plus haut de gamme, désireuse d'accroître mon expérience, parce que je savais maintenant que la restauration était devenue pour moi plus qu'un simple boulot d'étudiante - c'était ma passion et je voulais en faire ma carrière. Simon et moi nous sommes aussi laissés, mais en très bons termes, et c'est lui qui m'a approché, au printemps 2008, pour s'associer à lui et acheter le Café.

Le transfert du Café des mains de Titus dans les nôtres fut une étape importante dans chacune de nos vies: Titus avait besoin de repos après de longues années de travail, mais il ne voulait pas vendre à n'importe qui. Simon voulait partir en affaires tout comme moi, mais nous avions besoin d'unir nos compétences individuelles afin de relever le défi - Simon apportait sur la table ses connaissances en matière de finances et d'entrepreneuriat, tandis que j'apportais pour ma part tout mon bagage en restauration et mes habiletés au niveau de la gestion générale de l'établissement.

Et voilà comment toute l'histoire a débuté! Nous avons pris possession en octobre 2008 et travaillons sans relâche depuis. »

Bistro Le République
1051 avenue Bernard
Outremont, QC H2V 1V1
(514) 277-0502
Itinéraire

lundi 27 avril 2009

Projet "ArtBike" - 2




Projet "ArtBike" - 2

J'avoue que contrairement à mes toiles, sur lesquelles je me lance allègrement et sans retenue, j'ai longuement hésité à poser le premier coup de pinceau sur ce cadre de vélo immaculé, couvert d'un apprêt blanc.
Je savais que la réaction de la surface serait différente, ainsi que la réaction même du médium. La peinture de carrosserie est très différente de l'acrylique. L'acrylique sèche de couche en couche. La peinture de carrosserie fait fondre les couches précédentes.
Ce n'est évidemment pas la même dynamique de mouvements que sur une toile. Et il faut penser en trois dimensions.
De plus, comme il s'agit d'un cadre en carbone monocoque de compétition, un cadre haut de gamme, il y avait le risque d'échouer. Il fallait que je me lance, que je découvre, et en même temps assurer un résultat.

Je sais maintenant à quoi m'en tenir. Je suis relativement satisfait de cette première expérience. Relativement car, en tant qu'artiste, étant constamment en recherche, j'ai du mal à me dire que l'oeuvre est achevée. Pas que ce cadre soit inachevé, mais il s'agît du point de départ d'un processus.
Il reste maintenant à le rapporter à l'atelier de peinture pour qu'il reçoive une couche de vernis, ainsi que son écusson Opus.
Pour l'information géométrique, il s'agit d'un cadre de 55 cm tube horizontal, 52 cm tube de selle centre à centre, et 56 cm centre à top. 700C Carbone High-Modulus, fini 12k.

J'ai un autre cadre préparé pour une seconde expérience. Toujours un cadre en carbone monocoque. Il est différent de formes. Cette fois-ci avec fourche tout carbone. Il y a donc une continuité visuelle à développer.
La beauté du monocoque carbone, hormis ses qualités techniques, sa légèreté, sa rigidité et ses performances, est qu'il n'y a pas de soudure et donc, les intersections des tubes sont fluides.

Par contre, le point négatif est que le solvant de la peinture de carrosserie produit des gaz volatils forts. Donc, plus question de faire cela à la maison, mais plutôt dans un environnement contrôlé et ventilé.

Projet "ArtBike"

mardi 21 avril 2009

Toulouse-Lautrec n'est pas une étape du tour de France!


Louis Bouglé, ami de l'artiste, cycliste sous le nom de L. B. Spoke, directeur de "Simpson" pour la France
Toulouse-Lautrec

1898 (huile sur bois)

Toulouse-Lautrec n'est pas une étape du tour de France!

C'est l'écrivain et humoriste Tristan Bernard, devenu directeur du vélodrome Buffalo à Paris, qui fit découvrir le cyclisme au peintre Henri de Toulouse-Lautrec. Ce dernier fût immédiatement fasciné par la petite reine et le cyclisme en général.

C'est avec son ami Louis Bouglé qu'il fit ses premières armes vélocipédique.
Louis Bouglé, pour sa part, était coureur, entraîneur et chroniqueur sous le pseudonyme de L.B. Spoke, directeur en France des chaînes de vélo anglaises "Simpson". C'est lui qui commanda à Toulouse-Lautrec, en 1896, cette affiche faisant la promotion de la chaîne Simpson. Bouglé était amateur d'art et supportait volontiers, à contre-courant, ce nouveau mouvement pictural que Toulouse-Lautrec abordait.

vendredi 17 avril 2009

Néoclassicisme


Opus Classico 09
photo : Marc Dussault
On peut dessiner un vélo très classique. On peut dessiner un vélo très moderne. Le jeu ici est d'allier le classique avec le moderne, d'allier le style avec la technologie.
Le néoclassicisme est un exercice de style passionnant pour un designer. C'est redessiner un style ancien et l'interpréter dans le contemporain, avec le savoir-faire et les matériaux actuels.

À l'instar des Volkswagen Beetle, Mini, Fiat 500 et autres réécritures des beautés d'antan, les vélos Urbanista s'inscrivent dans une récente tradition de réflexion sur ce qui a été fait, sa raison d'être et sa possibilité de perdurer.

Il ne suffit pas de redessiner et d'épurer les formes. Certes il y a un certain travail d'abstraction de l'image pour en trouver l'essentiel, la nature profonde, la raison même de son existence, mais il y a aussi une déclaration d'intention claire : si c'était bien, cela peut continuer à être bien.
Bien sûr, nous faisons les choses différemment aujourd'hui. « C'était mieux fait avant ». Ce n'est pas toujours vrai. Les matériaux se sont grandement améliorés, la précision de moulage, d'usinage, de soudage, de traitements thermiques, chimiques et autres aussi. Sans compter les matériaux recyclables et/ou recyclés.

D'autres diront que cela est du "réchauffé", que par manque d'idées on va puiser dans le passé. En fait s'il y a quelque chose de fondamentale que l'on va puiser dans le passé c'est l'émotion. Dans notre monde actuel, il y a beaucoup de désillusion, beaucoup de cynisme. À une certaine époque, il y avait l'idée d'un monde peut-être utopique, trop optimiste, mais qui était vecteur de créativité. Or cette créativité n'a pas disparu. Elle est effervescente, et si à elle seule, elle peut améliorer notre perception de notre environnement, alors il vaut la peine de faire cet exercice de mémoire, mais adapté au fait du jour. Voilà la raison d'être du néoclassicisme.

mardi 14 avril 2009

Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste (suite)



...Suite de l'entrevue avec Martin Chamberland

U. Ta relation avec ce sport modifie-t-elle ta prise de vue?

MC. Je crois que non. Ma prise de vue a le plus été affectée par le cinéma car avant de faire de la photo j'étudiais en cinéma, je voulais devenir directeur photo. J'aime les photos à haut contraste et à éclairage dramatique. Par contre, lorsque je photographie une course de vélo, le fait de pratiquer ce sport m'aide à mieux gérer la prise de vue durant une course.

U. Tu as déjà roulé sur un Opus, un Toccata 2001 si je me souviens bien. Roules-tu encore avec?

MC. Malheureusement je ne roule plus avec depuis l'an passé car je l'ai prêté à un cousin, je tente de le corrompre également afin qu'il devienne un des nôtres. Tu sais, pour les vampires c'est simple, ils mordent dans le cou pour qu'une autre personne devienne un vampire. Nous les cyclistes on doit prêter des vélos, des cuissards, des souliers, des casques, des bidons puis ultimement, du savoir. Le savoir qui transformera le néophyte en rouleur. Pas de la tarte je te dis. Mais il faut le faire car un cycliste c'est généralement une bonne personne... puis plus on est de bonnes personnes sur la Terre et mieux les choses iront! Donc pour le Toccata, je crois que je vais le revoir lorsque mon cousin aura eu sa morsure afin qu'il se procure lui-même sa monture. Je laisse le temps faire les choses. Je reverrai mon Toccata. Il est vraiment confortable ce vélo, c'est pas croyable!

U. Sur quel vélo roule-tu actuellement?

MC. Je roule actuellement sur un Specialized Tarmac 2008.

U. Fais-tu de la compétition?

MC. J'y ai trempé le petit orteil de la patte gauche, j'ai fait quelques courses. Mais je ne suis pas fait pour cela. Il me manque de la force et je ne crois pas avoir le profil psychologique pour réussir en compétition de vélo de course. Et je ne m'en porte pas plus mal car mon but maintenant est de me tenir en forme. Ça, je réussis à le faire pleinement. Puis pour faire de la course, il faut s'entraîner énormément, chose qui est absolument impossible maintenant pour moi depuis que j'ai un enfant.

U. Tu es un cycliste de route. Es-tu aussi cycliste urbain à l'occasion?

MC. Non je ne le suis pas; je n'habite pas en ville, ce qui voudrait dire que pour l'être il faudrait que je me déplace 45 minutes à vélo afin de l'être. Mais j'ai souvent fait des rêves éveillés que si j'habitais en ville, je me déplacerais uniquement à vélo de café en café ou d'un rendez-vous à l'autre.

U. Tu es un photographe mobile. As-tu aussi un studio?

MC. Non je n'ai pas de studio car cette facette de la photographie m'interpelle moins. Mais j'ai à portée de main quelques flashs et des trépieds qui me permettent d'éclairer la plupart de mes sujets de façon très convenable pour la photo de presse.

U. L'affluence des courriers à vélo est un fait urbain. Aujourd'hui, avec la miniaturisation de l'équipement photographique, serait-il utopique de conjuguer photographie de presse et vélo?

MC. J'y ai souvent pensé! Mais cela serait vraiment compliqué, voire utopique. Primo, il te faut quand-même des flashs et les trépieds pour ces flashs. Trimballer ça en vélo, ça devient un peu moche à la longue. Imagine le ke-kling ke-klang que ça ferait, toi qui n'aime pas le squick-squick de la chaîne que seul un labrador peut percevoir, tu capoterais. Secundo, parfois il faut aller se procurer une lentille de deux tonnes dans notre coffre-fort pour aller couvrir un événement, généralement sportif, qui nécessite une lentille téléphoto. Faire le rickshaw pour une 400 mm 2.8, déjà là je commence à moins tripper.
Tertio, aller photographier monsieur le premier ministre dans une conférence impromptue au Reine-Élisabeth avec son odeur corporelle rebutante dûe au pédalage lors d'une chaude journée de juillet, sa jambe de pantalon droite rebroussée aux confins de sa chaussette et cette sacrée trace de graisse à chaîne que l'on ne sait guère comment elle fait pour toujours se faufiler là au beau milieu du front sans avertissement, bref, souris autant que tu veux, le grand monsieur à la porte du chi-chic hôtel va certainement t'en refuser l'accès. J'allais également oubllier de mentionner l'affectation de dernière minute à 174 kilomètres d'ici qui doit être faite dans une heure (mais pogne pas de ticket là, dixit le boss...), t'as beau avoir le dernier Vivace monté Dura Ace avec des roues Cosmic, je mets un petit deux que tu ne te rendras pas à temps. Cette idée ne tient la route que si tu fais certaines assignations assez simples qui ne nécessitent pas trop de matériel ni de distances lointaines. Malgré la miniaturisation du matériel, il reste que pour faire ce que l'on fait tu as besoin d'une base de matériel qui ne rétrécira pas vraiment: un flash, un trépied, une longue lentille, etc. C'est donc impensable. Malheureusement. Ce serait pensable pour un photographe/artiste/poète qui vogue de projet personnel en projet personnel, genre!

U. Le désir de faire de la photo de presse te vient d'où?

MC. Un jour d'été de 1994 je me promenais sur le plateau et j'ai vu les fêtards de la coupe du monde de soccer, ceux du Brésil plus précisément, danser et chanter, jouer du tam-tam tout en bloquant les rues. J'ai commencé à faire des photos car cela m'interpellait; une autre culture, la bonne musique, la joie intense. J'ai tellement aimé l'expérience que je voulais absolument revivre le rush d'un tel événement. Je me demandais par contre s'il existait un domaine qui m'amènerait à faire de telles photos tout en étant apte à bien gagner ma vie, je ne saisissais pas trop à ce moment tous les aspects de la photo.
J'ai éventuellement fait le lien avec la photo de presse et je suis allé faire de la photo bénévolement pour tous les journaux étudiants de Concordia, il y en avait 4 à ce moment-là. Je me suis ensuite inscrit en photo à Dawson. Et à ma deuxième année, j'ai eu la chance ultime de recevoir un coup de fil de La Presse qui avait grandement besoin d'un coup de main. Ils étaient dans la chnoutte faut dire pour m'appeler! Moi qui avais 23 ans et pas vraiment toutes mes dents, photographiquement parlé bien entendu. Mais faut croire que je cadrais dans le portrait (oui oui, c'est un mauvais jeu de mots) car ils m'ont gardé! Et ça fait exactement 12 ans ce mois-ci.

U. Tu voyages beaucoup, l'Inde, la Bulgarie... Où encore?

MC. J'ai été plusieurs fois à Cuba, j'ai également été quelques fois au Mexique, au Vénézuela, plusieurs fois en Europe (11 pays d'Europe en tout), puis j'ai même eu la chance d'aller au-delà du cercle arctique, tout près du pôle nord. Puis, comme tu dis, l'Inde deux fois, la Bulgarie et bien entendu, l'Italie, pour le vélo!

U. Ton voyage en Inde t'a certainement marqué. Cela a-t-il changé ta prise de vue, autant technique qu'idéologique?

MC. Bien simplement non, mon oeil photographique n'a pas changé en Inde. Mais par contre ma vision du monde a changé, ma vision de la vie et de sa fragilité. Ayant côtoyé la vraie misère humaine, je suis plus sensible qu'avant au sort des plus démunis. Je pose de petits gestes quotidiens comme gaspiller moins d'eau, recycler, économiser de l'électricité et jeter le moins de nourriture possible. Imagine te promener dans un bidonville puant en Inde, il fait 45 degrés celsius et que d'aucune façon tu ne peux te procurer un verre d'eau potable. Et nous, on garroche de l'eau potable sur nos pelouses, nos gros chars, nos entrées d'asphalte, puis on fait même nos besoins dans de l'eau qui est buvable. Quelle injustice!

U. Tu as fait des expositions de ce voyage. As-tu fait d'autres expositions?

MC. Oui, j'en ai une qui a eu lieu récemment, une mini expo d'un jour sur mes photos de spéléologie dans les grottes du Mexique, une exposition organisée par la société québécoise de spéléologie. Puis j'ai eu des photos dans plusieurs expositions communes de photos de presse, sur le verglas, sur les meilleures photos de presse lors d'un concours annuel, lors du festival de Jazz et j'en oublie peut-être une.

U. Fais-tu des études personnelles, des recherches photographiques, des oeuvres à toi?

MC. Là, je file un peu mal mais la réponse c'est non. Auparavant, il y a de cela bien des années, j'en faisais en dehors de mes heures de travail lorsque j'avais un peu plus de temps libre. Mais aujourd'hui, je ne fais pas vraiment de photo à part mon travail. Bien évidemment je prends plusieurs photos de ma fille qui a 13 mois, mais en ce qui concerne des projets personnels, le temps est une denrée très rare lorsqu'on a un jeune enfant. Puis pour moi, c'est aussi une question de ce que j'appelle "rester frais". J'ai besoin de prendre une distance afin de mieux revenir la semaine suivante et continuer à pratiquer mon métier avec ferveur. Par contre, à ma défense, lorsque je voyage je redeviens le jeune photographe ébahi devant l'éternel, devant de nouveaux paysages, devant d'autres gens et je m'adonne à ce plaisir qui m'a amené initialement à la photo. C'est toujours réconfortant d'ailleurs.

...Lire le début de l'entrevue
Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste (1)

Voir et lire le blogue de Martin Chamberland
http://martinchamberland.wordpress.com/