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lundi 17 décembre 2012

Artiste en vélo - Melsa Montagne

3 questions à propos du vélo ont été posées à différents artistes.



Melsa Montagne est une jeune peintre montréalaise dynamique et créative qui s'est joint, il y a quelques années, à un concept de duo musique et peinture, le groupe Acrylique Acoustique. Le vélo est pour elle un art de vivre. Il fait partie inhérente à sa vie urbaine.
www.melsa.ca



Q - Melsa, qui êtes-vous?

Melsa Montagne - Authentique et spontanée, je trouve mon inspiration à travers les réactions et les émotions que projettent les gens. Le personnage singulier m’inspire. Une simple promenade dans mon quartier me fait souvent créer deux ou trois œuvres. Travaillant rapidement et sur plusieurs œuvres en même temps, mon choix de médium s'est vite fixé sur l’acrylique. Je recherche beaucoup le retour à la toile lorsque qu’une profondeur s’installe. Je vais mixer le « dripping » aux aplats de couleurs plus graphiques que je fais préalablement. J’utiliserai alors l’encre de chine noir, pour cibler et pour accrocher l'oeil sans pour autant laisser une note malheureuse.

Constamment à la recherche de contrastes forts et signifiants, je m’inspire beaucoup d'anciennes sérigraphies et d’illustrations. Le résultat de certaines de mes erreurs me donne une ouverture sur d’autres avenues. Elle m’aide à créer. Mes œuvres témoignent d’une conscience de la matière. J’y incruste des collages noirs et blancs d’architecture que j’ai pris en photo. Mais mon geste reste souvent spontané.

En 2005, je me propulse dans l’univers public et y prends goût. Développant une aisance à créer rapidement une œuvre en direct dans divers événements, je me joins au musicien Sébastien Moreau, guitariste, du groupe Acrylique Acoustique pour poursuit cette recherche en donnant mensuellement des spectacles à travers le Québec. Parallèlement, j’expose par-ci, par-là, dans les régions de Montréal.

Q - Pour vous, que représente le vélo?

Melsa Montagne - Le vélo est pour moi un idéal de transport, une liberté sur deux roues! J’ai une sensation d’appartenance sur mon guidon… je me sens moi! C’est mon indépendance.
Il est lié à un certain confort, une habitude de vie qui fait bouger. J’adore pédaler et avancer sur la route où l’on ressent l’impact direct de la nature. C’est tellement plus motivant pour continuer à rouler. Peu importe l’état et la sorte de bécane, il est MON mode de déplacement, autant pour le travail que pour le loisir.
Si on parle environnement, je n’ai rien d’autre à dire que dans le meilleur du possible, on devrait tous se déplacer en vélo. Il n’y a que des avantages! Je vous mets au défi de venir me dire qu’il est impossible dans votre cas de l’utiliser pour certains de vos déplacements, et je vous trouve une solution!

Q - Quelle influence a le vélo sur votre quotidien et/ou sur votre création?

Melsa Montagne - Je n’ai pas besoin d’un but spécifique pour prendre mon vélo. L’amour du vélo m’est assez imprimé pour avoir toujours envie de le prendre.
Côté transport, pour l’efficacité versus temps du vélo à titre de rendez-vous, c’est génial! C’est le temps de sortir ses talents de planification d’horaire...


Il me donne satisfaction émotionnelle, psychique et physique.
Juste pour la sensation physique intérieurement lorsqu’on a est arrivée à destination et qu’on reprend son souffle. Quel bien fait! Plus je pédale, plus l’envie de créer me prend et je suis prise entre l’envie de continuer celui de peindre. Alors, j’ai souvent les 2 avec moi, dans mon sac à dos! Je me dois d’avoir un porte-bagages spécialement conçu pour le transport de mes œuvres lors de mes accrochages et décrochage pour mes expositions. Quel bonheur mon autonomie aurait!

Q - Comment le vélo vous fait voir la ville?

Melsa Montagne - J’opte pour le trajet différent chaque fois que je vais quotidiennement à un endroit. Tout est près en ville et il y a tellement à voir qu’on ne peut se limiter à un chemin.
Spontané, le vélo me suit… là où je ne sais pas où je vais… et je découvre. La ville est meilleure et authentique si on la prend telle qu’elle est, lumineuse, brumeuse, froide ou chaude. Le vent nous dit : « habille-toi en conséquence! »






crédits photos et films- Dans l'atelier : Marjolaine Dionne
- Peinture en direct (avec caméraman à côté) : Simon Gaudreau
- Peinture en direct (mes mains qui peind en bleu)
: David Fraser
- Peinture en direct (avec la ''guenille'') : David Fraser
- Peinture en direct (le visage violet) : David Fraser
- Exposition au Barbare : Karine Léger

- Vidéo / teste de texture, séquences photos : David Fraser

lundi 8 novembre 2010

Abeille Gélinas - la vraie Bee Bike Girl!

Abeille Gélinas a parcouru la passerelle avec le Nuovella lors du défilé « Highlight sur la semaine de mode de Montréal », mercredi 4 août 2010. Elle est tombée littéralement en amour avec ce vélo et nous lui avons proposé de devenir porte-parole de la marque. Elle a accepté avec bonheur.

Q : Abeille, après avoir rouler ta bosse au Québec et aux États-unis, comme actrice, animatrice et DJ (DJ Bee), qui es-tu aujourd'hui?

R : Je suis une femme qui n'a certainement pas fini de déployer ses ailes, j'ai l'impression que mes passions s'intensifient de plus en plus.. Je suis une artiste qui a le bonheur facile, qui regarde la vie avec des grands yeux d'enfants... Je suis très heureuse de pouvoir vivre d'une de mes grandes passions en ce moment, la musique. Je suis DJ/créatrice d'ambiance et c'est une vie que je me suis créée en fonçant à 100 %.

Q : À Los Angeles, on imagine facilement que le vélo "Beach Cruiser" est roi. As-tu succombé à l'envie de parcourir les longues plages de Venice en vélo?

R : Of course! Une de mes copines qui habitait Venice en avait un et elle me le prêtait souvent lorsque j'avais besoin de m'évader et de prendre le large... Rouler en vélo me ramène à ma jeunesse et me donne un sourire instantané.

Q : Te souviens-tu de ton premier vélo?

R : Venant d'une famille pas mal "Hippie", mes parents faisaient du recyclage de jouets entre les soeurs, j'ai donc hérité d'un beau vélo rouge qui avait déjà pas mal vécu!

Q : Lors du défilé « Highlight sur la semaine de mode de Montréal », qu'est-ce qui t'a fait craquer pour ce vélo?

R : Son look rétro et sa couleur qui le rend si unique et son protège-jupes à l'ancienne qui lui donne un air si chic! Je m'imaginais déjà faire mes emplettes dans mon quartier avec! (Outremont/Mile End)

Q : Maintenant que tu roule sur le Nuovella, comment le décrirais-tu?

R : Il ne faut pas s'en cacher, il est assez "tape-à-l'oeil". Disons qu'on ne roule pas inaperçu avec ce vélo ;) Cela dit, ce n'est pas qu'un "joujou"' car il est très solide, stable et j'adore que ma posture de corps soit droite quand je le conduis. J'aime m'amuser à passer d'une vitesse à l'autre (dépendant de combien de Cupcakes j'ai mangé la veille)...

Q : Le vélo fait-il partie de ta vie?

R : Absolument car c'est mon moyen de transport numéro 1! J'habite dans un quartier assez central, donc n'ayant pas de voiture, la plupart du temps, je roule ou je marche! J'ai personnalisé mon vélo en y ajoutant un petit panier en osier à l'avant pour mes emplettes ainsi qu'un crochet sur le côté pour y mettre ma mallette avec mon ordi.

Q : Crois-tu que le vélo urbain peut changer la façon de vivre la ville?

R : Oui, vraiment. Se déplacer en vélo permet d'avoir un rapport beaucoup plus intime avec sa ville et d'y découvrir des chemins que l'on ne prendrait pas autrement. J'espère que la ville s'adaptera de plus a plus à ce mode de vie en y construisant plus de routes pour la circulation des cyclistes et des stationnements plus nombreux et plus sécuritaires.

photo Abeille Gélinas : Magazine 7 jours
photo Nuovella : Opus

lundi 20 septembre 2010

Où en est le vélo urbain ? - Denise Belzil

Denise Belzil est une mécanicienne de vélo reconnue et respectée dans le milieu cycliste. Elle a fondé et dirige l'école de mécanique cycliste Techno Cycle, une école qui s'adresse aux particuliers, aux entreprises, et aux équipes de course. Denise a fait ses armes de mécanicienne en France, aux États-Unis, en Asie et au Québec. Son curriculum vitae est plutôt impressionnant. Elle tient aussi une chronique sur le site du magazine l'Actualité : Le blog vélo.
Nous lui avons posé les mêmes questions qu'aux détaillants de la métropole afin d'avoir une vue d'ensemble du vélo urbain.
Elle a apprécié nos questions au point de publier sur son propre blogue cette même entrevue.

Les fabricants de vélo offrent-ils suffisamment de choix dans cette catégorie ?

La question serait plutôt : « Les boutiques spécialisées offrent-elles suffisamment de choix dans cette catégorie ? » Je remarque que, dans les boutiques, on s'intéresse davantage à la performance des cyclistes-randonneurs - donc à la légèreté et à la technicité du vélo - qu'aux déplacements des cyclistes urbains. Si le vélo de ville n'est pas offert en boutique et si le consommateur ne sait pas que ce produit existe, comment pourrait-il le demander ?
Je constate aussi que le cycliste urbain de base a surtout peur de se faire voler son vélo, alors il a tendance à acheter le premier engin venu...

Quelles sont les préoccupations premières du cycliste urbain ?

1- Ne pas se faire voler son vélo.
2- Trouver un endroit pour le stationner.
3- S'organiser pour pouvoir se rendre au travail en vélo (stationnement, douche, linge propre, etc.).
4- Survivre au trafic et trouver des parcours moins passants.
5- Éviter les crevaisons ou les problèmes mécaniques.

Quelles sont les appréhensions en ce qui concerne la pratique du vélo de ville ?

Les inquiétudes des cyclistes urbains portent essentiellement sur le partage de la route avec les automobilistes et l'organisation nécessaire pour se rendre au travail en vélo. Mais pour ceux qui utilisent leur bicyclette à l'année longue, l'éclairage des pistes cyclables, en particulier l'hiver où les journées sont courtes, est un vrai problème. Enfin, mentionnons la fermeture aux vélos, dès l'automne, des ponts de la Rive-Sud : cela écourte drastiquement la saison...

Les médias font souvent référence au nombre important de vols de vélos en ville. Selon vous, qui vivez cette réalité, les probabilités sont-elles si élevées ?

Le vol de vélo est omniprésent, mais les clients qui participent à nos cours nous racontent toujours la même histoire : « J'ai laissé mon vélo non verrouillé deux minutes, juste le temps d'entrer chez le dépanneur ou dans la maison. » Les gens sont surpris de la vitesse à laquelle leur vélo a disparu. Autre constat : les voleurs ont une nette prédilection pour les vélos barrés avec un câble de 6 mm, dont on vient à bout avec une simple pince !

Le vélo en libre-service est-il un atout ou un handicap pour un magasin de vélo ?

Les vélos BIXI servent surtout aux déplacements urbains courts. On n'a pas à se soucier d'avoir un cadenas, et les stationnements - même s'ils sont souvent complets - sont prévus. Quant à l'entretien, c'est quelqu'un d'autre qui s'en occupe !

Maintenant, est-ce un avantage ou un inconvénient pour les boutiques ? En ce qui me concerne, je vois ça comme une location d'équipements sportifs : on prend ce qu'on nous offre et, par la suite, si l'envie est là, on peut toujours faire l'achat d'un produit plus adapté à nos besoins. C'est ce qui se passe avec le BIXI : comme il est là, on est incités à effectuer plus de déplacements urbains à vélo et, une fois que l'habitude est prise, on peut penser à s'acheter notre propre vélo. À mon sens, le BIXI ne cause pas de tort aux boutiques : l'entretien des vélos de l'important bassin de population de l'île de Montréal garde les mécaniciens plus qu'occupés !

photo : VéloQuébec

TECHNO CYCLE
Local 148, 4710 Saint-Ambroise
Montréal (Québec) H4C 2C7
Tél : (514) 846-1486
www.technocycle.ca
Courriel : info@technocycle.ca

lundi 19 juillet 2010

Philippe Dubuc, l'homme au vélo noir.

Philippe Dubuc est l'un de nos designers vedettes à Montréal. Depuis ses débuts en 93, il ne cesse de surprendre par son style, sa signature. C'est l'épure, la ligne, la simplicité aux subtils détails, les matériaux innovants qui font de ses collections des créations si uniques et reconnaissables.
«Je suis sans cesse en évolution avec le modernisme et les contrastes urbains » dit-il. Nous étions curieux d'avoir sa propre vision du vélo urbain.

Q : En tant que designer de mode, comment percevez-vous la tendance urbaine du vélo?

R : Depuis mon arrivée à Montréal, en 1984, c'est une tendance que je maintiens, c'est la liberté du mouvement, l'autonomie, la rapidité et la spontanéité que cela évoque.

Q : Pour vous, qu'est-ce qu'un vélo urbain?

R : C'est un objet devenu hybride, comme mes collections peuvent l'être, le vélo de route intégré au vélo de montagne, les voitures aussi sont devenues un mélange de camion-auto, comme un complet pour homme avec des détails sports actifs, mon vêtement est devenu hybride pour le travail et les soirées.

Q : Du fait que le vélo devient une partie inhérente du milieu urbain, voire même dans certaines villes, il est carrément un facteur culturel, sans pour autant faire des vêtements cyclistes, vous verriez-vous créer une ligne de vêtements influencée par cette culture?

R : Oui, je suis un sportif et mon vélo est mon meilleur ami... J'aime l'idée d'incorporer des éléments sport actifs dans un complet impeccable, j'aime l'idée du vélo en habit, c'est très "City"... et chic.

Q : Vous devez connaître le blogue Sartorialist, où le simple badaud devient un magnifique modèle sous l'oeil scruteur et découvreur de Scott Schuman. Scott a fait une très intéressante série sur le vélo urbain. Verriez-vous vos créations présentées de cette façon, avec des vélos, en pleine ville?

R : J'ai déjà exploité une pub d'un homme en vélo en plein hiver.

Q : La philosophie des vélos Urbanista est de pourvoir rouler sans pour autant devoir s'habiller en cycliste. Mais il est toujours judicieux et de bon goût d'adapter sa tenue au vélo que l'on va utiliser. Dans cette idée, nous vous proposons un petit jeu créatif : Quels vêtements proposeriez-vous avec un Classico, un Cervin, un Nuovella et un Lugano?

R : Classico, c'est le mien et j'aime porter le costume noir en le conduisant. Cervin, la robe de mariée. Nuovella, le short pour un picnic à la campagne. Lugano, un look futuriste pour se balader à la place Ville-Marie.

Photo: Yannick Khong pour OSA Images

mardi 15 juin 2010

Où en est le vélo urbain ? - Dumoulin Bicyclettes


Opus Nuovella
photo : Alec

Voici la première d'une série d'entrevues d'intervenants dans le domaine du vélo urbain à Montréal.

Jean Lecompte
et Étienne Roy-Corbeil sont les jeunes propriétaires de Dumoulin Bicyclettes. Ayant travaillé tous deux dans cette boutique durant des années, ils décident d'unir leurs efforts et de racheter le magasin en 2005. Ils remanient l'orientation de la boutique en se spécialisant en vélos urbains, et particulièrement en vélos pliants.

Nous leur avons posé les mêmes questions qu'aux autres détaillants de la métropole afin d'avoir une vue d'ensemble du vélo urbain.

Q : Selon vous, où en est le vélo urbain?

R : Jean : Attend un peu, je vais dehors pour répondre, plus inspirant que mon bureau sans fenêtre...
D'un point de vue strictement local, je constate que Montréal est sur la bonne voie en ce qui concerne le vélo, particulièrement le vélo urbain. Plus d'aménagements cyclables, plus de vélos dans les rues, c'est beau à voir. Par contre, on est loin d'avoir atteint un niveau satisfaisant. Trop de gens se déplacent en auto. Si je me rappelle correctement les statistiques, environ 50% des déplacements faits en auto ont moins de 8 km. 8 km à vélo, c'est 20 minutes, ou 30 si on prend ça relax. Dans cette optique, facile de réduire son utilisation de la voiture. Pour la banlieue, je connais peu ce marché, mais j'ai de forts doutes quant à l'utilisation d'un vélo au quotidien. Là, je ne parle pas de rouler le dimanche quand il fait beau, je parle d'utiliser le vélo comme moyen de transport primaire.
Au niveau des infrastructures, j'aimerais penser que le vélo ne demande rien d'autre que lui-même, mais force est de constater que d'avoir certaines infrastructures facilite les choses. Par exemple, êtes-vous allé au Marché Central? À peu près rien n'est conçu pour les vélos. Pour aller dans un grand magasin tel Future Shop, on doit chercher un chemin sécuritaire (avoir des enfants, je serais inquiets de les savoir aller là-bas!), on doit trouver, souvent sans succès, un endroit adéquat pour barrer notre vélo. On me répond que peu de cyclistes fréquentent cet endroit. Peut-être, mais avec l'aménagement qui a été fait, ce n'est pas surprenant!
Donc beaucoup de chemin a été fait, merci entre autres à Claire Morissette et Robert Silverman du Monde à Bicyclette, mais beaucoup de chemin reste à faire.

Q : À quoi ressemble le cycliste urbain?

R : Disons à quelqu'un qui arrive au travail en forme, réveillé, qui n'a pas besoin de perdre son temps en face d'un miroir dans un gym à se regarder courir sur un tapis roulant, qui peut se permettre de travailler 4 jours/sem s’il le désire, car il n'a pas à investir (non, mauvais terme, à dépenser) 5000-6000$/an pour une voiture, pour qui son temps de trajet n'est pas proportionnel au trafic rencontré.
En fait, je crois que le cycliste urbain est celui qui est convaincu de la logique et de la pertinence de son moyen de locomotion.

Q : D'un point de vue culturel, à quoi ressemble le cycliste urbain?

R : ?

Q : Y a-t-il des catégories de cyclistes urbains?

R : Oui, qui sont, je dirais, proportionnelles à l'utilisation du vélo. Donc les convaincus, faisant du vélo 365 jours/année, ceux que seule la neige arrête, et finalement ceux qui sont découragés à la première pluie. Il est à noter que j'admire tous ceux utilisant le vélo comme moyen de transport, peu importe la raison, peu importe dans quelle catégorie ils sont. L'important est avant tout de s'amuser et d'être à l'aise. Alors si on aime davantage prendre le métro, c'est tout aussi correct, mais il faut avoir essayé au préalable le vélo pendant quelques mois par contre!!!

Q : Quelles sont les préoccupations premières du cycliste urbain?

R : Avoir du plaisir!
Sérieusement, c'est le vol de vélo.

Q : Quelles sont ses appréhensions face à la pratique du vélo en ville?

R : Comment les voitures vont se comporter autour de nous, les accidents. Personnellement, je n'ai que très rarement des problèmes avec les automobilistes.
On entend aussi souvent des gens qui ne veulent pas avoir chaud avant d'arriver au travail. Muni d'une sacoche, on peut tout simplement y déposer son chandail quand on commence à suer. Je vais à l'école à vélo (7 km) et je n'ai aucun problème de ce type. Quand il pleut beaucoup, j'y vais à métro, je suis paresseux et ne veux pas traîner manteau, pantalon, etc...

Q : Les médias font souvent référence au nombre de vols de vélos en ville. Selon vous qui vivez sur le terrain, les probabilités sont-elles si élevées?

R : Oui! Mais assez facile à diminuer radicalement. C'est pas compliqué, pour garder son vélo, il faut un New York lock, un Abus série Granite, ou un équivalent. Je ne connais quasi personne s'étant fait voler un vélo avec un cadenas de cette qualité. On n’a pas la mentalité de payer 100$ + pour un cadenas, mais il faut ce qu'il faut. J'ai un vélo de plus de 1000$ continuellement barré à l'extérieur et je dors sur mes 2 oreilles. Une à la fois en fait.

Q : Que conseillez-vous au cycliste afin de bien protéger son vélo?

R : Voir plus haut! Aussi les Pin-Head, cette sorte de déblocage rapide qui a besoin d'une clé. Votre selle + 2 roues + fourche resteront où elles sont!

Q : Il y a des villes mythiques pour le cyclisme urbain, tel qu'Amsterdam, Copenhague, Tucson, Portland. Montréal peut-elle devenir une ville de vélo?

R : Même avec un aménagement adéquat, il y a un facteur qui prendra encore plus de temps à changer : les automobilistes. On se déplace de 150 km, soit Trois-Rivières, et il y a déjà une bonne différence de comportement sur la route. La courtoisie peut être longue à apprendre... (mais je dois avouer que ça fonctionne dans les 2 sens, les cyclistes, y compris moi, ne suivent pas tellement les règles de la route. Probablement qu'on choquerait moins les automobilistes si nous modifions aussi notre conduite!)

Q : Le vélo libre-service est-il un atout ou un handicape pour un magasin de vélo?

R : Ça dépend du marché. Si un magasin vit de la location de vélo, il doit probablement être furieux contre les Bixi, mais nous voyons d'un bon oeil ce système de vélo libre-service. En plus de ne pas trop affecter les ventes de vélo neuf, il met plus de vélo sur les routes, ainsi que dans les médias, ce qui est parfait! En plus, il dépanne quand notre vélo est en réparation ou à la sortie d'un bar quand on veut prendre l'air :-)


Dumoulin bicyclette
651 villeray E., Montréal, H2R 1H9
514 272-5834
www.dumoulinbicyclettes.com
info@dumoulinbicylettes.com

Carte

vendredi 17 juillet 2009

Guy Maguire - De l'image au cyclisme


http://www.geocities.com/onfdistribution/Souvenirs/Maguire.html

Guy Maguire est l'homme derrière le fameux Veloptimum et le non moins fameux Vélo nouvelles, sites de référence pour de nombreux cyclistes en tous genres. On y trouve quasiment tout ce qui se publie sur le net concernant le vélo.
Mais l'homme, qui est également cycliste chevronné, a aussi son histoire :
Distributeur et producteur exécutif à l'ONF et réalisateur.

GM : À l’ONF, j’ai surtout travaillé en distribution, en fait j’ai été pendant longtemps le « boss » de la distribution des films de l’ONF en français au Canada. Et pendant 5 ans j’ai également été producteur exécutif, responsable de la production de l’ONF en français hors-Québec, avec un bureau de production à Toronto, un à Winnipeg et un à Moncton.
J’ai adoré l’expérience. J’ai de ce fait été le producteur exécutif d’un réalisateur archi sympathique qui est maintenant lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick !
Et j’ai tourné quelques films comme réalisateur (hors ONF).

Le montage d’un documentaire est une étape palpitante. Je connais très bien Werner Nold, le monteur de
60 cycles de Jean-Claude Labrecque (et de plusieurs autres grands films de l’histoire du cinéma canadien). Les histoires qu’il raconte sur la mise au monde des films marquants du cinéma canadien sont fascinantes.
Et j’ai eu le plaisir de bien connaître Bernard Gosselin (décédé) , qui était également cameraman sur 60 cycles. Un conteur incomparable ! Tout comme Marcel Carrière qui était preneur de son sur ce film et qui a ensuite réalisé plein de films.
En fait un des grands plaisirs à l’ONF était de s’asseoir à la cafétéria avec les gars qui revenaient d’un tournage et racontaient comment ça s’était passé. Aussi sinon plus intéressant que le film !


U : Comment vous décririez-vous comme cycliste?

GM : Bizarre, je ne m’étais jamais posé cette question! Je dirais que je suis un cycliste hédoniste! Je roule uniquement pour le plaisir. Pas du genre à se vanter de se faire mal sur un bike! Je roule pas vite (25 km/hre), pas loin (maintenant je dépasse rarement les 100 km par sortie) mais assez régulièrement pour totaliser de 5 à 8000 km par année.

U : Comme vous fréquentez intensément le milieu du cyclisme, vous avez une bonne vision d'ensemble de ce qui se passe sur deux roues. Quelle est votre perception du vélo urbain?

GM : Comme je roule pas mal dans les rues de Montréal, j’ai noté au cours des dernières années une augmentation significative de l’achalandage des cyclistes, sur toutes sortes de vélo. Quand je roule tôt le matin j’en croise une bonne gang qui s’en va travailler à vélo (parfois avec un arrêt à la garderie pour y laisser le descendant et la remorque). Plus tard j’en croise d’autres qui ont manifestement fait les courses à vélo. C’est devenu une façon de vivre et c’est tant mieux. Plus nous serons nombreux dans les rues à se partager la voie de façon courtoise avec les automobilistes, plus il y aura de cyclistes qui trouveront de l’agrément à le faire.

U : Selon vous, quels sont les éléments principaux qui pourraient aider à l'adaptation des villes nords américaines au développement du cyclisme urbain comme mode de transport à part entière?

GM : Nos villes nord-américaines s’adapteraient bien plus vite au vélo si les édiles municipaux faisaient du vélo pas juste quand les kodaks sont présents. À Montréal on ne cesse de se vanter des centaines de km de voies cyclables mais il faut voir dans quel état elles sont. On néglige des mesures très peu dispendieuses, comme repeindre les lignes des bandes cyclables. À quand un Monsieur (ou Madame) Vélo à Montréal avec un numéro de téléphone (et répondeur) et une adresse courriel à qui on pourrait signaler des interventions peu coûteuses pour la Ville mais qui améliorerait sensiblement l’agrément de rouler à vélo à Montréal?

À lire l'excellente entrevue accordée à Théo Picard
http://www.geocities.com/onfdistribution/Souvenirs/Maguire.html

Photo : John Symon



À lire aussi :
http://veloptimum.net/autres/MaguireWeb/WebmestreCycliste.html
http://veloptimum.net/autres/MaguireWeb/WebmestreFondeur.html
http://veloptimum.net/autres/MaguireWeb/MaguireProducteur.html

mardi 14 avril 2009

Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste (suite)



...Suite de l'entrevue avec Martin Chamberland

U. Ta relation avec ce sport modifie-t-elle ta prise de vue?

MC. Je crois que non. Ma prise de vue a le plus été affectée par le cinéma car avant de faire de la photo j'étudiais en cinéma, je voulais devenir directeur photo. J'aime les photos à haut contraste et à éclairage dramatique. Par contre, lorsque je photographie une course de vélo, le fait de pratiquer ce sport m'aide à mieux gérer la prise de vue durant une course.

U. Tu as déjà roulé sur un Opus, un Toccata 2001 si je me souviens bien. Roules-tu encore avec?

MC. Malheureusement je ne roule plus avec depuis l'an passé car je l'ai prêté à un cousin, je tente de le corrompre également afin qu'il devienne un des nôtres. Tu sais, pour les vampires c'est simple, ils mordent dans le cou pour qu'une autre personne devienne un vampire. Nous les cyclistes on doit prêter des vélos, des cuissards, des souliers, des casques, des bidons puis ultimement, du savoir. Le savoir qui transformera le néophyte en rouleur. Pas de la tarte je te dis. Mais il faut le faire car un cycliste c'est généralement une bonne personne... puis plus on est de bonnes personnes sur la Terre et mieux les choses iront! Donc pour le Toccata, je crois que je vais le revoir lorsque mon cousin aura eu sa morsure afin qu'il se procure lui-même sa monture. Je laisse le temps faire les choses. Je reverrai mon Toccata. Il est vraiment confortable ce vélo, c'est pas croyable!

U. Sur quel vélo roule-tu actuellement?

MC. Je roule actuellement sur un Specialized Tarmac 2008.

U. Fais-tu de la compétition?

MC. J'y ai trempé le petit orteil de la patte gauche, j'ai fait quelques courses. Mais je ne suis pas fait pour cela. Il me manque de la force et je ne crois pas avoir le profil psychologique pour réussir en compétition de vélo de course. Et je ne m'en porte pas plus mal car mon but maintenant est de me tenir en forme. Ça, je réussis à le faire pleinement. Puis pour faire de la course, il faut s'entraîner énormément, chose qui est absolument impossible maintenant pour moi depuis que j'ai un enfant.

U. Tu es un cycliste de route. Es-tu aussi cycliste urbain à l'occasion?

MC. Non je ne le suis pas; je n'habite pas en ville, ce qui voudrait dire que pour l'être il faudrait que je me déplace 45 minutes à vélo afin de l'être. Mais j'ai souvent fait des rêves éveillés que si j'habitais en ville, je me déplacerais uniquement à vélo de café en café ou d'un rendez-vous à l'autre.

U. Tu es un photographe mobile. As-tu aussi un studio?

MC. Non je n'ai pas de studio car cette facette de la photographie m'interpelle moins. Mais j'ai à portée de main quelques flashs et des trépieds qui me permettent d'éclairer la plupart de mes sujets de façon très convenable pour la photo de presse.

U. L'affluence des courriers à vélo est un fait urbain. Aujourd'hui, avec la miniaturisation de l'équipement photographique, serait-il utopique de conjuguer photographie de presse et vélo?

MC. J'y ai souvent pensé! Mais cela serait vraiment compliqué, voire utopique. Primo, il te faut quand-même des flashs et les trépieds pour ces flashs. Trimballer ça en vélo, ça devient un peu moche à la longue. Imagine le ke-kling ke-klang que ça ferait, toi qui n'aime pas le squick-squick de la chaîne que seul un labrador peut percevoir, tu capoterais. Secundo, parfois il faut aller se procurer une lentille de deux tonnes dans notre coffre-fort pour aller couvrir un événement, généralement sportif, qui nécessite une lentille téléphoto. Faire le rickshaw pour une 400 mm 2.8, déjà là je commence à moins tripper.
Tertio, aller photographier monsieur le premier ministre dans une conférence impromptue au Reine-Élisabeth avec son odeur corporelle rebutante dûe au pédalage lors d'une chaude journée de juillet, sa jambe de pantalon droite rebroussée aux confins de sa chaussette et cette sacrée trace de graisse à chaîne que l'on ne sait guère comment elle fait pour toujours se faufiler là au beau milieu du front sans avertissement, bref, souris autant que tu veux, le grand monsieur à la porte du chi-chic hôtel va certainement t'en refuser l'accès. J'allais également oubllier de mentionner l'affectation de dernière minute à 174 kilomètres d'ici qui doit être faite dans une heure (mais pogne pas de ticket là, dixit le boss...), t'as beau avoir le dernier Vivace monté Dura Ace avec des roues Cosmic, je mets un petit deux que tu ne te rendras pas à temps. Cette idée ne tient la route que si tu fais certaines assignations assez simples qui ne nécessitent pas trop de matériel ni de distances lointaines. Malgré la miniaturisation du matériel, il reste que pour faire ce que l'on fait tu as besoin d'une base de matériel qui ne rétrécira pas vraiment: un flash, un trépied, une longue lentille, etc. C'est donc impensable. Malheureusement. Ce serait pensable pour un photographe/artiste/poète qui vogue de projet personnel en projet personnel, genre!

U. Le désir de faire de la photo de presse te vient d'où?

MC. Un jour d'été de 1994 je me promenais sur le plateau et j'ai vu les fêtards de la coupe du monde de soccer, ceux du Brésil plus précisément, danser et chanter, jouer du tam-tam tout en bloquant les rues. J'ai commencé à faire des photos car cela m'interpellait; une autre culture, la bonne musique, la joie intense. J'ai tellement aimé l'expérience que je voulais absolument revivre le rush d'un tel événement. Je me demandais par contre s'il existait un domaine qui m'amènerait à faire de telles photos tout en étant apte à bien gagner ma vie, je ne saisissais pas trop à ce moment tous les aspects de la photo.
J'ai éventuellement fait le lien avec la photo de presse et je suis allé faire de la photo bénévolement pour tous les journaux étudiants de Concordia, il y en avait 4 à ce moment-là. Je me suis ensuite inscrit en photo à Dawson. Et à ma deuxième année, j'ai eu la chance ultime de recevoir un coup de fil de La Presse qui avait grandement besoin d'un coup de main. Ils étaient dans la chnoutte faut dire pour m'appeler! Moi qui avais 23 ans et pas vraiment toutes mes dents, photographiquement parlé bien entendu. Mais faut croire que je cadrais dans le portrait (oui oui, c'est un mauvais jeu de mots) car ils m'ont gardé! Et ça fait exactement 12 ans ce mois-ci.

U. Tu voyages beaucoup, l'Inde, la Bulgarie... Où encore?

MC. J'ai été plusieurs fois à Cuba, j'ai également été quelques fois au Mexique, au Vénézuela, plusieurs fois en Europe (11 pays d'Europe en tout), puis j'ai même eu la chance d'aller au-delà du cercle arctique, tout près du pôle nord. Puis, comme tu dis, l'Inde deux fois, la Bulgarie et bien entendu, l'Italie, pour le vélo!

U. Ton voyage en Inde t'a certainement marqué. Cela a-t-il changé ta prise de vue, autant technique qu'idéologique?

MC. Bien simplement non, mon oeil photographique n'a pas changé en Inde. Mais par contre ma vision du monde a changé, ma vision de la vie et de sa fragilité. Ayant côtoyé la vraie misère humaine, je suis plus sensible qu'avant au sort des plus démunis. Je pose de petits gestes quotidiens comme gaspiller moins d'eau, recycler, économiser de l'électricité et jeter le moins de nourriture possible. Imagine te promener dans un bidonville puant en Inde, il fait 45 degrés celsius et que d'aucune façon tu ne peux te procurer un verre d'eau potable. Et nous, on garroche de l'eau potable sur nos pelouses, nos gros chars, nos entrées d'asphalte, puis on fait même nos besoins dans de l'eau qui est buvable. Quelle injustice!

U. Tu as fait des expositions de ce voyage. As-tu fait d'autres expositions?

MC. Oui, j'en ai une qui a eu lieu récemment, une mini expo d'un jour sur mes photos de spéléologie dans les grottes du Mexique, une exposition organisée par la société québécoise de spéléologie. Puis j'ai eu des photos dans plusieurs expositions communes de photos de presse, sur le verglas, sur les meilleures photos de presse lors d'un concours annuel, lors du festival de Jazz et j'en oublie peut-être une.

U. Fais-tu des études personnelles, des recherches photographiques, des oeuvres à toi?

MC. Là, je file un peu mal mais la réponse c'est non. Auparavant, il y a de cela bien des années, j'en faisais en dehors de mes heures de travail lorsque j'avais un peu plus de temps libre. Mais aujourd'hui, je ne fais pas vraiment de photo à part mon travail. Bien évidemment je prends plusieurs photos de ma fille qui a 13 mois, mais en ce qui concerne des projets personnels, le temps est une denrée très rare lorsqu'on a un jeune enfant. Puis pour moi, c'est aussi une question de ce que j'appelle "rester frais". J'ai besoin de prendre une distance afin de mieux revenir la semaine suivante et continuer à pratiquer mon métier avec ferveur. Par contre, à ma défense, lorsque je voyage je redeviens le jeune photographe ébahi devant l'éternel, devant de nouveaux paysages, devant d'autres gens et je m'adonne à ce plaisir qui m'a amené initialement à la photo. C'est toujours réconfortant d'ailleurs.

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Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste (1)

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lundi 13 avril 2009

Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste


Jeune femme qui tisse un tapis au Cachemire
Winners of the 3rd annual Friends of the Earth International photo competition
4e place


Martin Chamberland est photographe de presse et cycliste passionné. Si une image vaut mille mots, encore faut-il savoir faire parler les images. Et là, le regard particulier de Martin fait la différence lorsqu'il s'agit d'appuyer au bon moment sur le déclencheur de son appareil. Le photographe de presse vit dans l'instant présent et c'est justement la captation de cet instant qui est à la base même de son métier. Savoir voir les choses sous un angle différent, faire ressortir l'âme d'une personne, ou le détail qui nous échappe. Ou encore nous montrer l'habituel de façon inhabituel afin de nous révéler, en quelque sorte, le vrai visage de notre monde.
Rouler en vélo relève aussi du moment présent. En tout cas, de la façon dont Martin aborde le cyclisme, c'est une passion qui va bien au delà de la simple randonnée.

U. Si tu faisais un rapide autoportrait professionnel, pour commencer.

MC. J'ai débuté à La Presse en avril 1997 (oui oui, en film!) à temps partiel. J'ai ensuite commencé au journal Le Devoir environ un an après cela. J'y ai travaillé deux ans. À peu près en même temps j'ai été à La Presse Canadienne. Je jonglais avec les trois en même temps, parfois dans la même journée! J'ai arrêté ce cirque fou lorsque La Presse m'a embauché à temps plein en novembre 2000.

U. On parle de "l'oeil du photographe" comme la signature même du capteur d'images. Dans ton cas, il va sans dire, il est particulier et remarqué par les nombreuses personnes qui t'engagent. Tu as une approche personnelle pour traiter les sujets. Comment vois-tu les choses qui t'entourent?

MC. L'oeil du photographe, le regard si on veut, est différent à chaque photographe. C'est normal, cela va sans dire et c'est ainsi pour tout, que ce soit l'écriture, la peinture, etc. Mon regard est toujours à la recherche des contrastes, de la lumière, des couleurs et des angles. Je cherche toujours à faire une photo percutante, qui attire le regard du lecteur. Depuis que je suis photographe je suis beaucoup plus observateur de la lumière qui m'entoure, je la remarque presque à chaque étape de la journée, au fil des mois et des saisons. Mais en bout de ligne, je veux que l'impact visuel puisse incorporer le plus de ces éléments afin de rehausser le contenu de la photo.

U. Comment conjugues-tu la vision personnelle d'un sujet et la commande neutre journalistique de l'image?

MC. C'est quelque chose qui se travaille au fil du temps et je crois pouvoir affirmer avec justesse que je réussis bien en ce domaine. Lorsque le sujet que je traite est contraire à mes convictions personnelles, je tente de me visualiser être cette autre personne, ce qu'elle pense, ce qu'elle vit à ce moment précis, pourquoi elle pense et agit ainsi. Je tente de me mettre dans ses souliers et cela m'aide à rester neutre. C'est mon truc à moi, je n'ai pas sondé mes collègues sur la chose.

U. La photo se doit-elle d'être neutre? Peut-elle l'être?

MC. Nous devons tous être conscients, en tant que photographes de presse, que nous avons le devoir de rester le plus neutre possible. Et en ce sens, je crois que nous réussissons toujours à atteindre ce but car notre premier devoir est de chercher à faire une photo qui colle avec l'histoire que nous couvrons. Par la suite, c'est certain qu'il y aura toujours quelqu'un pour débattre du fait que notre travail n'est pas tout à fait neutre. Je peux citer plein d'exemples où je me suis retrouvé à couvrir des sujets avec lesquels mon opinion différait grandement, mais l'éthique et la crédibilité que nous possédons à La Presse sont des choses avec lesquelles je ne badine pas.

U. D'ordinaire, je crois, l'article et la photo de presse se produisent en même temps et indépendamment. Mais arrive-t-il qu'une fois la photo présentée et choisie, cette dernière influence la couleur de l'article qui l'accompagne?

MC. C'est très rare. La raison en est fort simple. À La Presse, lorsque nous travaillons, journaliste et photographe vont habituellement chacun de leur bord. Les deux font leur travail presque sans se consulter. C'est pas mal dommage en y pensant bien, mais les choses sont ainsi. Il est donc difficile que le travail de l'un ait une incidence sur le travail de l'autre. Mais j'ai remarqué qu'à chaque fois que j'interrogeais le journaliste afin d'en soutirer le plus d'infos, la photo qui en ressortait se rapportait mieux à l'histoire.

U. Y a-t-il un devoir de réserve en photographie de presse?

MC. Oui il y a un devoir de réserve. Et ce devoir de réserve peut venir du photographe, du journaliste, d'un pupitreur ou d'un patron. Lorsque le sujet peut causer préjudice à la personne interviewée ou à l'histoire qui s'y rattache, il faut faire preuve de prudence. On fait souvent des photos de gens qui ont le dos tourné au photographe afin de ne pas les reconnaître, ou on utilise la technique de l'ombre chinoise, c'est-à-dire de ne voir qu'une silhouette. Il y a aussi le flou qui peut être utilisé. Ce sont d'ailleurs toutes des techniques que j'ai utilisées récemment pour couvrir une histoire d'un enfant qui a subi du harcèlement à l'école comme le jeune David Fortin que l'on ne retrouve plus depuis plusieurs semaines. J'ai sorti tous ces trucs de mon chapeau et j'ai été relativement satisfait du résultat.
Mais si on revient au sujet principal de la question, le devoir de réserve, c'est quelque chose que je fais probablement une fois par semaine. Je ne soumets que les photos que j'aime vraiment, soit pour leur contenu visuel ou pour leur proximité avec l'histoire racontée. C'est vraiment rare que mes patrons me demandent de soumettre de nouvelles photos car celles que j'avais initialement choisies ne leur plaisaient pas. Les patrons ne voient jamais toutes les photos que l'on prend car, en premier lieu, cela prend beaucoup trop de temps. Puis ensuite ils nous font pas mal confiance. Et de plus, le processus de sélection des photos se fait par le photographe dans un bureau à l'écart du reste de la salle de rédaction, ou carrément en dehors de La Presse comme je fais souvent.

U. Y a-t-il des secteurs délimités dans le métier de photographe de presse, ou êtes-vous libre de toucher à tous les sujets?

MC. Bien heureusement nous avons la chance de toucher à une multitude de sujets. C'est ce qui m'intéresse dans la photo de presse car cela nous amène à explorer tous les aspects de la vie humaine, l'humain sous toutes ses coutures.

U. Quels sont tes sujets de prédilection?

MC. La photo de reportage à l'étranger. Les cultures du monde m'intéressent énormément. J'aime aussi la photo de sport. Puis j'aime les reportages de longue haleine, qui nécessitent parfois même une recherche des ressources se rapportant au sujet.

U. Tu as fait une série de photos de Sylvestre Calin, propriétaire de la boutique de vélos Brakeless sur l’avenue Parc, spécialisée en "Fixie" (Vélo à pignons fixe). Quel est ton point de vue de ce mouvement en marche? Et sur le vélo urbain en général?

MC. Premièrement je dois te féliciter pour ton sens de l'observation car moi-même je n'ai toujours pas trouvé cette photo dans le journal, je l'ai manquée! En ce qui concerne les vélos à pignon fixe, je les aime beaucoup et je dois dire que j'aime surtout ce que Sylvestre fait. Il redonne une âme à des vélos qui n'en ont plus à cause des développements technologiques. C'est bien correct d'avoir une usine et de fabriquer 500 000 vélos par année, mais c'est également très beau de voir Sylvestre s'attarder à créer des oeuvres d'art avec ces vieilles bécanes qui autrement seraient vouées à l'abandon dans un sous-sol empoussiéré. J'adore là où est rendu le style urbain, qui semble avoir forgé son style sur celui des courriers à vélo.
Là où je mets un bémol, c'est que je crois que l'utilisation du pignon fixe qui est faite actuellement, relève d'une sorte de mode au détriment de la santé des genoux. Je ne suis pas convaincu que c'est le meilleur outil pour les courriers à vélo. Certains mécanos et propriétaires de boutiques de vélo disent que le pignon fixe finit par blesser les genoux de celui qui l'utilise trop. Mais tu sais, en ce qui me concerne lorsqu'il est question de vélo, je les aime de toutes les façons; route, montagne, piste, BMX, style Amsterdam, beach cruisers, hybride, name it!

U. Tu es également cycliste. À quel niveau?

MC. Je suis un grand passionné du cyclisme. J'aime tellement pratiquer ce sport que je ne saurais vraiment décrire la chose. Ce sport m'a d'ailleurs apporté beaucoup et je ne vois pas le jour où j'arrêterais de le pratiquer. Je fais du vélo de façon sportive une "coche" en dessous de la compétition, si l'on peut dire ainsi. J'ai fait des camps d'entraînement six années de suite en Virginie. Je suis allé rouler deux fois en Italie. J'ai roulé un peu en France, en Irlande, dans plusieurs autres états des États-Unis. Je pratique ce sport ainsi depuis que j'ai 13 ans, cela fait donc 22 ans de cela! Et tout cela est la faute à Steve Bauer. Je regardais la télé un après-midi et je m'ennuyais. Je suis arrivé à syntoniser le canal où l'on diffusait la course des Amériques (j'oublie le nom officiel de cette course qui a duré 5 ans à Montréal), la première édition où Steve avait remporté la course. J'ai tellement été subjugué par ces images, les vélos, la trame dramatique de la course, la façon que les cyclistes roulaient en peloton à travers les rues de Montréal, que je me suis lancé sur mon vélo immédiatement après la course et je me suis mis à rouler à tous les jours.
Je n'ai jamais arrêté depuis. Grâce au vélo j'ai pu faire des rencontres, dont Steve Bauer lui-même, et plusieurs autres, qui aujourd'hui sont des amitiés permanentes. J'ai eu la chance de rouler avec Dom Perras à plusieurs reprises, Dominique Rollin lorsqu'il a été guide en Virginie, toute la gang des mardis Lachine, Marc Dufour, Bruno Langlois, Pascal Choquette, Alexandre Cloutier. En fait il y en a tellement que j'oublie. Puis au-dessus de tout cela, il y a les anecdotes inoubliables, ces histoires, ces paysages que je garderai avec moi tout au long de ma vie avec lesquelles j'embêterai ma fille et peut-être mes petits enfants un jour à leur raconter en détail.

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Martin Chamberland - Photographe de presse et cycliste (suite)

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mardi 11 mars 2008

Alec Stephani - designer de vélos

Publié par Opus
ENTREVUE

Alec Stephani est responsable du design et du style des vélos Opus et des accessoires Ora.

Q : En quelques mots, quel est votre parcours?

AS : Je suis né à Genève (Suisse) et j'ai étudié le design graphique aux Arts Décoratifs. Depuis toujours, je me suis intéressé au design d'objets et au design graphique. Ma formation m'a permis d'explorer plusieurs avenues professionnelles, telles que la publicité, où j'ai été directeur artistique de quelques agences, à Genève et à Montréal, le dessin archéologique pour le département d'anthropologie de Genève, l'illustration, la peinture et le design pour divers projets.
Parmi eux, j'ai eu le plaisir d'être au commencement d'un projet extraordinaire : Omer, un sous-marin à propulsion humaine, qui détient, encore aujourd'hui, dans sa 6e version, le record du monde de vitesse sous l'eau.
Je suis entré chez OGC (distributeur de produits cyclistes) en 94. En 2000, nous avons commencé le projet Opus.

Q : Qu’est-ce qui vous a amené à vous occuper du design et du style de la marque Opus?

AS : Je m'occupais déjà, chez OGC du développement de produits. Lorsque OGC a pris la décision de développer sa propre marque de vélo, ce fut alors le projet le plus excitant de ma carrière, car cela me donnait la possibilité d'enfin réaliser un véhicule qui serait distribué à travers tout le pays.

Q : La marque Opus existe sur le marché depuis 2001. Quels sont vos projets pour la marque pour les années à venir?

AS : L'avenir se trouve, à mon sens, dans le vélo urbain, anciennement appelé hybride. Mais le terme d'hybride est réducteur et quelque peu péjoratif. Un hybride et la combinaison de deux choses. Autant dire qu'il n'est ni l'un ni l'autre complètement! Dans la désignation "Urbain" il y a une idée sous-jacente qui est le "tous les jours".
Le but est de développer un vélo pouvant le mieux répondre aux besoins de cette vie de tous les jours. Les préoccupations environnementales sont évidemment considérées. Quoi de mieux que de laisser sa voiture, ne pas polluer et se mettre en forme. Mais il y aussi le "coup de coeur". Ne nous le cachons pas, nous vivons dans un monde matérialiste. On aime les objets et on veut le plus beau. Si je peux arriver à faire aimer la pratique du cyclisme par le fait d'avoir un coup de coeur pour une belle mécanique, alors cela va me stimuler à dessiner le plus beau des vélos, le plus raffiné, correspondant aux goûts de son utilisateur, mais aussi, ayant les composants les plus intéressants, tout en respectant un budget parfaitement abordable. C'est un défi de taille. J'aime créer des machines de compétition, de véritables formules 1 cyclistes, mais l'exercice est relativement facilité du fait que bien des composants de pointe sont choisis pour ces vélos de course. Au final, le prix reflète les besoins du coureur.
Pour le cycliste de tous les jours, le budget est évidemment beaucoup plus serré. Mais il ne faut pas que la conception de sa machine en souffre. Alors il faut chercher et encore chercher les bons produits afin de créer un vélo au comportement routier parfait et à la fiabilité irréprochable.
C'est un défi qui me stimule beaucoup et qui me pousse à aller quelque fois au-delà des sentiers battus. Et si, en plus j'arrive à faire en sorte que ce vélo ait un style unique, alors je suis content de mon travail.
Ma récompense est de voir quelqu'un circuler sur un de nos vélos, sans effort, tout sourire et fier de sa monture.

à voir :
www.alec5.com
www.alecart.blogspot.com