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jeudi 5 mai 2011

Qu'est-ce qu'un vélo urbain devrait être aujourd'hui?

Il est temps maintenant pour une question… très sérieuse, voire existentielle! : Qu'est-ce qu'un vélo urbain devrait être aujourd'hui? Pendant longtemps on a attribué le vélo hybride à la ville. En fait, la raison était qu’il n’y avait pas de réel choix sur le marché.

Un hybride, par définition, est la combinaison de deux concepts, ce qui, dans ce cas, donne un vélo de montagne amaigri ou un vélo de route renforcé. Va savoir! C’est selon la vision que l’on a des choses. Le verre à moitié plein… vide… Ça reste le même verre, et il ne rassasie pas complètement! Comme dans tout hybride, il ne fait bien ni l’un, ni l’autre de ses concepts.

Alors, quels sont les attributs essentiels d’un vrai vélo urbain? Solidité, oui mais légèreté aussi, car on ne fait pas que rouler avec, on le transport également. Pas très agréable d’avoir une « Grosse Bertha » en acier à hisser au troisième étage d’un triplex! L’aluminium ne rouille pas et est amplement robuste et léger pour la ville. Maniabilité et stabilité? Absolument! On doit se sentir en contrôle et en sécurité.

Absorption des chocs? Bien sûr, par les pneus et par la selle, mais inutile de mettre des pneus trop gros et lourds qui gênèrent de la friction, ni d’avoir une fourche à suspension qui alourdit considérablement le vélo.

Et les vitesses? Oh, cela dépend des goûts et des distances à parcourir, mais je crois que sept vitesses, internes de surcroît, ce qui élimine les risques de dérèglement, est une très bonne recette.

Et question transport, on doit pouvoir charger à souhait sa monture, sans que celle-ci en pâtisse. Donc, un bon porte-bagages! Et puis on ne veut pas être éclaboussé à la moindre flaque, alors des garde-boue s’imposent. Et pour la touche finale, une sonnette à la sonorité sympathique est de mise.

Bref, tout équipé, sans excès, bien agencé pour ne pas créer un vélo à l’allure éclectique (ça c’est le designer qui parle!), et le tout agrémenté d’un bon cadenas… évidemment!

Photo : Abeille Gélinas sur Opus Nuovella, par Ana Marinescu

vendredi 22 avril 2011

Une rue, une ville.

Une rue, une ville. Je roule. La lumière est douce, les couleurs vives. Les couleurs vivent! Je vis aussi. Chaque changement de direction est une nouvelle impulsion vers un espace libre. Guider par une envie de découvrir, je regarde une rue que je connais bien pourtant, sous un autre angle, avec un autre regard, celui de l'émerveillement. Est-ce dû à l'oxygène retrouvé de l'extérieure après un hiver calfeutré? Peut-être. Est-ce dû aux hormones printanières? Probablement. Est-ce dû au vélo? Certainement.

La simplicité, la mobilité, la liberté de déplacement.... C'est le fondement même de la pratique du vélo. Sur n'importe quelle route ou chemin. Mais en ville, il y a quelque chose de différent.

Tout d'abord, l'animation environnante est une une mise en scène complexe et riche d'événement de la vie quotidienne. Les regards, les sourires, les humeurs... Les odeurs, les effluves, les courants... Les reflets, les couleurs, les ombres... Les sons, les résonances... Chaque élément vient susciter des pensées et des souvenirs d'un passé proche ou lointain. C'est alors que l'on peut scénariser l'ensemble de ces éléments et voir sa vie autrement. Pas si mal après tout! Ah! Rouler librement, penser librement, respirer librement...

Mais c'est pollué en ville!
C'est un peu pollué partout. On peut voir le verre à moitié vide. L'autre jour, un petit garçon me faisait remarquer à quel point la flaque d'eau à la surface de laquelle des reflets irisés se déplaçaient avec grâce et lenteur était magnifique. Il avait raison et il ne se souciait pas de l'origine de ces huiles multicolores.

Une ville est polluée de bruits, mais ce peut être une trame sonore riche en composition et en émotions, un souffle de vie ambiant. Une ville est polluée d'odeurs, mais ce peut être aussi des fumets de restaurants, d'une fraîche émanation de plante vaillante, surgissant du béton, de senteur de bois de construction chauffé par un soleil tendre. Une ville est polluée d'images, mais ce peut être aussi de vieilles et gigantesques enseignes symbole d'une époque, ce peut être aussi un éclectisme architectural témoin des multiples histoires d'une ville.
La beauté des choses n'est pas seulement dans les standards établi et reconnu.

Je roule. La lumière est douce, les couleurs vives. Et je vis.

photos : Alec

lundi 14 mars 2011

Attendre le printemps

Le plus dur est de patienter jusqu'à ce que le temps soit plus clément, les voies cyclables plus praticables et surtout les ponts ouverts à la circulation cycliste.

Ce besoin de prendre l'air...
Bien sûr on peut prendre des marches, faire toutes sortes d'activités hivernales. Mais enfourcher son fidèle vélo et se libérer de la circulation automobile... Quel soulagement! C'est incomparable!

Vivre le "dehors"! On pense évidemment à la nature, aux grands espaces naturels. Mais la ville est aussi un "dehors" à découvrir, à apprivoiser. Certes, durant l'hiver, ce "dehors" n'est pas très invitant. Il est difficile de se déplacer. Aller à pieds et se geler, aller en voiture et se congestionner, aller en autobus et se faire suer... L'hiver en ville, c'est pas la joie!

Mais sitôt que le printemps arrive, cette émergence d'hibernation fait exploser les sensations et les sentiments. C'est alors que de se déplacer en vélo procure une allégresse revigorantes et stimulante. Il faut le reconnaître, pour le cycliste urbain, c'est une drogue à laquelle on ne peut se désintoxiquer d'année en année et le sevrage hivernal est une torture inutile. On s'en passerait volontiers!

Printemps, été automne, c'est rouler partout! Libre du temps et de l'espace!
On est peut-être aussi exciter voire anxieux du fait qu'on a l'impression que ces temps cléments ne sont que de courte durée et que si on ne manque ne serait-ce qu'une journée en vélo, à la chaleur, on aura perdu notre été! C'est la panique! Il faut sortir! Alors on part fort, on roule à fond pour ne rien perdre de cette cure de jouvence qu'est la chaleur revenue. Mais justement, c'est l'occasion de prendre ça cool et de se délester du stress de l'hiver.
Respirons. Pédalons tranquillement. Ralentissons le temps afin qu'il dur plus longtemps! Slow Bike!!

lundi 29 novembre 2010

Dans le fond du garage


photo : Alec

Dans le fond du garage
Alec Stephani - Texte paru dans le magazine VéloMag, hiver 2010-2011

— T’es là depuis longtemps? Dit un vélo de ville oublié au fond d’un garage.
— Tu dormais ou quoi? On m’a foutu là comme un vieux rebut dès la première neige.
— Compte-toi chanceux. Moi, il m’a fait rouiller dehors pendant des années avant qu’il trouve ce garage.
— Ça fait combien d’années que tu croupis là? Il ne t’utilise plus?
— Non. Parce qu'il ne me voit plus. Quand j’étais jeune, il me montait dans son appartement, à l’abri des intempéries. J’étais beau et séduisant. Il prenait soin de moi. Il me lavait. Il me huilait. Il me respectait. Mais l’année où elle est entrée dans sa vie, il m’a fait passer l’hiver sur le balcon. Et au printemps, je grinçais de tout bord tout côté.
— Il ne t’a pas huilé?
— Non, monsieur. On est passé de l’huile fine à la grosse graisse. Mais tu sais quand ça commence, on a beau graisser, le mal est fait. Alors plus je « chantais » moins il me prenait. Et un jour, un jeunot comme toi a pris ma place.
— Un jeunot?
— Tu n’es pas le premier vélo urbain « performance » qu’il a eu. Ok, je peux comprendre que de rouler avec moi, même en forme, ça ne vaut pas un système indexé.
— Ne perd pas espoir! Tu sais, j’en vois de plus en plus qui se font rafistoler, ou même carrément restaurer. C’est à la mode.
— Quoi, tu penses que je pourrais être encore à la mode?
— Hum… avec quelques livres de moins…!

vendredi 3 septembre 2010

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle


photo : Alec

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Alec Stephani - Texte paru dans le magazine VéloMag, automne 2010

— Es-tu malade? On n'est pas mortes, et il n’y a pas de quoi nous ramasser à la pelle. On laisse ça pour la neige!
— C’est pas ce qu’il voulait dire. C’est rien qu’une chanson.
— Non, mais ça m’insulte! Déjà qu’on nous roule allègrement dessus!
— Ah! Moi, j’aime assez. Surtout les pneus à crampons des vélos de montagne. C’est comme un shiatsu !
— Tu te fais shiatsu toi?
— Laisse faire! Esprit tordu!
— Non, non! C’était ma branche qui était tordue! Mais blague à part, des pneus de vélo de montagne en ville… C’est un non-sens! Non, moi je préfère les pneus de vélos de route, bien gonflés, c’est plus raffiné et je les fais mieux glisser, surtout si je m’installe sur une belle peinture blanche!
— Quoi? T’es sadique! Ils roulent où ils peuvent ces pauvres cyclistes d’automne.
— Comme nous! On tombe où on peut, ou presque. J’avoue que j’aime bien mieux être sur une piste cyclable que sur la route. Hier je me suis fait coller sur un pneu de vélo hybride. J’ai bien aimé la balade. Mais à chaque tour, je me prenais le hauban. Ça a dû agacer la madame. Elle a pris le soin de s’arrêter pour me décoller de là.
— Tu vois, tu aimes bien les vélos!
— Mouais, c’est mieux que de se faire balader par un pneu de camion. Mai toi, je te regarde, t’as pas bonne mine.
— J’avoue. J’ai eu le « plaisir » d’expérimenter un pneu de vélo à clous…
— Ha! Ha! Après le shiatsu, c’est l’acupuncture!!

lundi 5 juillet 2010

Maintenant qu’il fait enfin beau!


Opus Cervin 2010
photo : Alec

Bon, c’est l’été. Maintenant qu’il fait enfin beau, heu... avec passages nuageux, orages, gèle au sol et canicules, bref un été de par chez nous, on voit les cyclistes pulluler. (j’ai pas dit puer! Quoique!). On voit aussi le retour du débat (chialage interactif) auto-vélo.
Loins des affres philosophiques des uns et des autres, je roule, « cool » (j’ai pas dit roucoule! Quoique!), le long de mon trajet boulot-maison.

C’est drôle, mais on lit beaucoup de choses sur les difficultés d’être un cycliste en ville. Les forums explosent de commentaires et de réprobations de tout genre. Et moi je roule « cool » et ne semble pas passer dans la même ville que décrivent tous ces gens derrière leurs écrans. Suis-je dans une bulle? Ai-je un champ de vision faussé par mes utopies de « Slow Bike »? S’il est faussé, il est plutôt agréable! Et qu’il reste faussé! Non, je pense que je roule différemment. J’ai déjà roulé comme le décrivent certains, à fond, la performance suante dans sur le front. Ça donne quoi? Gagner du temps? Mais je ne suis pas en voiture, je suis en vélo! C’est avant tout un déplacement qui devrait être agréable, un stimulant le matin, un relaxant le soir. J’entends parler de trafic frôlant le fragile cycliste sans défenses. Pourquoi vouloir faire face à un éléphant si on n'a qu’une brosse à dents comme argument? Ok, ok, il pourrait trouver cela rigolo de se faire nettoyer les défenses avec un tel soin. Non, mais pourquoi se foutre dans le trafic alors qu’il y a tant de jolies et calmes petites rue en parallèles?

Effectivement, depuis que je prends ça « cool », mon navettage n’est plus le même, et je ne vis plus ce stresse que tous décrivent avec tant de vigueur, voire un certain plaisir.

lundi 3 mai 2010

Le vieil hollandais et le jeunot performant


photo : Alec

Le vieil hollandais et le jeunot performant
par Alec Stephani - Texte paru dans le magazine VéloMag
mai 2010

— Oh! Je vois qu’il tiens à toi.
— Comment ça?
— Avec un tel cadenas, il y a peu de chance que tu te fasses voler. Tu a l’air d’un forçat d’Alcatraz avec une chaîne d'ancre de bateau.
— On dit ça, mais je ne suis pas à l’abrit de l’énervé qui s’essaie quand même et qui va tout me grafigner. Toi, au moins, …tu ne paye pas de mine!
— Merci pour le compliment! J’ai l’air d’une réguine ou quoi?
— Non, non, mais t’es plutôt discret dans ton genre.
— C’est vrai qu’avec ton rouge flamboyant, tu es plutôt visible, voire un peu risible.
— Hey! Reste poli.
— Regarde-toi, tu es comme une Ferrari dans une ruelle. Tu ne trouves pas que tu fais un peu tache dans le décor?
— Tache toi-même!
— Ok, ok. Je te niaise. T’es beau quand même! Mais je suis sûr que ton propriétaire doit être plus nerveux à t’utiliser.
— Peut-être, mais il m’a choisi pour mes performances. Il m’utilise tous les jours!
— Moi aussi, tu saura. Et certainement plus facilement que toi.
— Pourquoi tu dis ça?
— Parce qu’il n’a pas besoins de passer dix minutes à réfléchir où il va m’accrocher.
— Mouais! Mais n’empêche que c’est la preuve qu’il prend soin de moi. C’était quand la dernière fois qu’il t’a lavé, graissé et ajusté?
— Ok, ok! Je ne m’en souviens plus. Mais je ne suis pas facilement déréglable.
— Normale, tu n’a pas besoin de « locktight », la rouille fait la job!

mardi 23 mars 2010

Réminiscence hivernale

Faut s'adapter
Texte paru dans
le magazine VéloMag
mars 2010

— Comment tu trouves ça, rouler en vélo l’hiver? demande Réal du haut de son camion arrêté au feu rouge.
— Faut s’adapter! Mais en général, c’est pas si pire! répond Marc, sur son vélo… adapté.
— Moi je te trouve plutôt courageux! Tu dois te geler les doigts et d’autres affaires avec!
— Je me suis adapté aux conditions avec de bons vêtements.
— Pis, ça doit glisser pas mal?
— Ça dépend des pistes. Faut aussi s’adapter à l’état de la route.
— Des pistes? Tu vois une piste, toi? T’es même pas sur une piste!
— C’est sûr, dans d’autres villes, c’est mieux adapté!
— En Europe peut-être, mais pas ici, certain! Même en été, c’est pas évident. Alors en hiver…!
— Ça s’améliore. Ils ont adapté certaines rues.
— Si tu veux mon avis, ça paraît pas tellement! Moi, si j’étais le maire, je ferais en sorte que cette ville devienne un modèle, qu’on puisse se déplacer facilement et en sécurité en vélo, partout!
— Oui, mais il faudrait que les mentalités s’adaptent aussi.
— Pff1 On est loin de faire changer les habitudes. Déjà avec moins de voitures en ville…
— …Adapter les centres-villes aux piétons?
— C’est ça! On respirerait mieux.
— Moins de camions?
— Cout’donc! T’as des bonnes idées, tu devrais être maire. Moins de camions en ville, absolument!
— Mais vous perdriez votre emploi? Il faudrait vous aussi vous adaptez.
— Tout le monde devra s’adapter un jour ou l’autre! On a plus le choix. Et puis tu crois pas si bien dire! Je conduisais des 18 roues avant. Il y a eu des coupures…
—…Dans les pneus?
— T’es un comique toi! Ben tu vois, je me suis aussi adapté. Je conduis des plus petits camions. Et puis, t’a dit « moins de camions ». Ça veut pas dire « pas de camions du tout ». De toute façon, il faut bien livrer la marchandise. Pis moi, tu vois, je fais ma part en quelque sorte.
— C’est quoi votre marchandise?
Réal sourit et, en guise de réponse, lui montre un catalogue de vélo.

image : La tour noire
Alec - acrylique sur toile - 2009 - 34" x 48" (91,4 cm x 121,9 cm)

Série "Usines"
www.alec5.com

mercredi 25 novembre 2009

Deux pigeons


Photo : Alec

Deux pigeons
Original du texte paru dans le magazine VéloMag, hiver 2009

— C’est beau ici, non? Tu viens souvent?
— Quand j’en ai marre des petites vieilles du parc et de leur maudit pain blanc pas de croûte.
— Quoi? T’es du genre pain brun multi-grains?
— Si tu veux. En fait, je viens regarder les cyclistes, en bas, sur leur belle piste cyclable.
— Qu’est-ce que tu leur trouves aux cyclistes?
— Ils sont très divertissants, voire édifiants. Je les aime bien parce qu’ils ont l’air complètement perdus.
— Pourquoi tu dis ça?
— Regardes-les. Ils vont de tout bord, tout côtés, même si c’est une piste soi-disant cyclable, même s’ils se sont établi des règles, édifié des codes. Ils ont l’air de rouler chacun pour soi, mais en groupe.
— Ouaip! Tu trouves pas qu’ils nous ressemblent un peu, non?
— Soit pas insultant!
— Dis-moi pas que sur le parvis de l’église, à côté, quand on est toute la gange, on a l’air organisé.
— Notre chaos, mon cher, est parfaitement justifié, on est des pigeons!
— On pourrait dire la même chose d’eux, non?
— Oui, mais eux ne le savent pas.
— Qu’ils sont désorganisés ou qu’ils sont des pigeons?
— Et puis je les aime bien parce qu’ils ne puent pas et qu’ils ne font pas de bruit. J’en ai tellement marre du bruit.
— Va à la campagne!
— T’es fou! Je connais personne.

— T’as déjà fait ça…?
— Sur des cyclistes? Non, c’est chien! Sur des voitures, par contre…
— T’aimes pas les voitures?
— Les cyclistes font plus attention à nous.
— Tu penses qu’ils nous respectent?
— Non, mais eux, au moins, ils ont le temps de nous voir. Et puis regardes-les bien, ils sourient. C’est pas beau ça!
— Il y en a qui affichent un sourire, oui, mais d’autres, ça a plutôt l’air d’une crispation.
— C’est vrai, il y en a qui savent pas bien pédaler et qui force pour rien. Trop petit pignon, madame!
— T’a déjà fait du vélo?
— Je suis un pigeon, patate!
— …
— Quoi?
— J'ai rien dit!

lundi 26 octobre 2009

Petite causerie avec moi-même sur mon vélo en direction du boulot.

Le matin est frais et la lumière cendrée annonce déjà une journée radieuse. L’astre solaire me réchauffe déjà tendrement le dos. La ville au loin m’appelle telle une jungle effervescente et créative, d’où émane… Ok, ok, on se calme! Ce n’est rien qu’un parcours maison-boulot. Alors roule!

Il y a plusieurs façons d’aborder la ville en vélo. Tout dépend du type de vélo qu’on utilise. Vraiment? Oui peut-être un peu, même beaucoup! Ce matin, j’ai pris un vélo « urbain performance ». Je me suis donc soudainement senti très urbain et très… performant! Bon, ok, je suis un p’tit gars en forme, mais tout de même, ce vélo m’aide à être vif et alerte. Sont-ce là des conditions sine qua non en ville? Sine qua quoi? Laisse faire! Faut-il immanquablement être vif et alerte? Pas forcément. Il s’agit avant tout d’un choix. Si j’avais pris un vélo de navettage confort, comme mon Cervin, j’aurais certainement adopté une attitude « Slow Bike ».

Ok, ok, pour ceux qui arrivent à l'instant : À l’instar du mouvement « Slow Food », le « Slow Bike » propose un autre type de déplacement, une autre façon de gérer son parcours, pas nécessairement lentement, mais plus calmement, en regardant ce qui nous entoure, en se laissant le temps de redécouvrir son environnement. Bon, bien sûr, il faut rester concentré sur la route, mais on peut choisir un parcours alternatif moins stressant. Là est l’avantage de nos quadrilatères nord-américains : il y a toujours moyen de varier son trajet sans pour autant faire de grands détours, mais en recherchant une certaine qualité de déplacement.

Bien beau le « Slow Bike », mais ce matin, je suis sur mon vélo urbain performant. Ok! Et ça roule! Peut-être aussi du fait que j’ai passé des semaines à rouler avec mon vélo confort, j’ai tranquillement forcé mon entraînement. Peut-on parler d’entraînement? Pour ma part, je n’ai plus l’impression de m’entraîner. Cela se fait de facto. Le simple fait de maintenir une certaine fréquence fait le travail et le tour est joué! Sitôt que je grimpe sur une monture plus performante, j’ai des ailes! Et ce matin, c’est extraordinaire!

Il faut que je l’avoue, j’ai consciemment laissé la pompe à pied dans son coin, même en ayant tâté le caoutchouc. Mes pneus doivent être à 80% de leur pression normale. Mais quel confort! Avec nos magnifiques revêtements urbains et leurs multiples qualités de surface, un pneu un peu mou accentue l’impression de pouvoir avaler la route sans vergogne.

Sur ce vélo, il y a 24 vitesses. Excellent pour les longs bouts droits, mais en fait en ville, surtout lors des démarrages rapides, avoir un étalage plus large serait mieux. Cela éviterait de faire autant de petits ou de doubles changements de vitesse. J’ai essayé durant quelques jours un vélo avec sept vitesses au moyeu arrière, un Nexus Inter 7. Je m’étais dit que cela serait un gros handicap pour mon navettage journalier. Mais j’ai été très surpris de constater que l’étalage des vitesses était parfaitement adapté au milieu urbain. Des démarrages rapides! En quatre changements seulement, on peut atteindre une bonne vitesse de croisière. Il faut dire que ce vélo-ci avait des roues de 26 pouces. Moins d’inertie au démarrage.

Il y a aussi la position qui compte. Être plus penché en avant, sur un vélo de performances, pousse peut-être le sang dans le cerveau! En tout cas, je me sens plus agressif et tricote plus volontiers dans la circulation. Circulation? Quoi, moi qui en d’autres temps prône justement le parcours alternatif et sécuritaire? Oui, oui, je suis allé jouer dans le trafic. Mais il faut dire qu’en ville, plus le trafic est dense, plus il est lent et donc prévisible. À moins qu’un énervé s’énerve justement et bondisse hors de sa ligne pour faire un dépassement pas très catholique. Alors sans être protestant (ho! ho!), car ce n’est pas vraiment dans ma nature, je dévie de manière fluide et élégante, l’air de rien. Vraiment, avec ce vélo performant, j’adopte une chorégraphie assez intéressante. Il faudrait qu’on filme ça et qu’on y ajoute une trame sonore en conséquence. Hip Hop? Jazz?… Acid jazz! Et d’ailleurs, en parlant de cela, rouler en musique c’est très agréable, mais il faut l’avouer, l’oreille, pour un cycliste, c’est un peu son troisième œil. Alors obstruer celui-ci accentue les risques. Dans une seule oreille alors… Bon, nous sommes des adultes consentants, majeurs et vaccinés. À chacun d’évaluer le niveau de risque qu’il désir, ou est capable de gérer.

Et si ce matin j’avais pris mon vélo de compétition? Rassurez-vous, je ne fais pas de compétition. Me verriez-vous faire du « Slow Race »..! Blague à part, sur ce vélo, je me sens en formule 1, mais tout comme dans une formule 1, la vision n’est pas optimale, et en conditions urbaines, avoir la tête dans le guidon n’est pas des plus pratique. Mais bon, j’aurais mis la moitié du temps pour ce parcours, et je serais arrivé en nage, à bout de souffle. Je le sais pour l’avoir fait durant des années, les yeux rivés sur mon cyclomètre afin de faire augmenter ma moyenne kilomètre/heure à tout pris. Et durant toutes ces années, je n’ai rien vu du paysage! Mais quelle moyenne!

Avec une attitude de « Slow bike » j’arrive au travail frais comme une rose (ou presque), calme comme un Yoda (ou presque), oxygéné comme une plante verte… Non, justement, une plante absorbe du Co2. D’où la question fondamentale : le cycliste urbain est-il une plante verte? Ok, ok je dérape! En parlant de dérapage, les petits pneus de compétition 700/23, avec des freins à pivots, quand il est temps de freiner « pour de vrai », ce n’est pas ce qu’il y a de plus… performant. Comique pour un vélo ultra-performant. Ah, c’est vrai, un collègue qui fait de la compétition de haut niveau m’avait dit un jour, pince-sans-rire, qu’avec un vélo de course, on n'est pas sensé freiner. Ah! Je comprends mieux maintenant les Fixies, ils sont donc performants! Hum! Pas sûr!

Avec mon vélo de ce matin, 24 vitesses, freins en V, pneus 700/28, ça freine! Et plus drôle encore, avec mon vélo confort, mêmes vitesses, presque mêmes freins et pneus 700/32, quand ça freine, ça freine vraiment! Peut-être est-ce dû à la modulation des leviers? En tout cas il y a plus de contact au sol.

Bon, je l’avoue, mon vélo urbain performance à un freinage un peu fatigué ce matin. Il faut dire que les patins de freins ont du vécu. J’ai même perdu complètement leur efficacité, un jour de pluie, ce qui m’a valu une bonne « débarque » et m’a soudainement donné envie de passer aux freins à disques. J’ai donc essayé un vélo urbain doté de freins à disques mécaniques. C’est bizarre, mais au Québec, on est très réticents à utiliser des disques ailleurs qu’en montagne. Sur la côte ouest, c’est tout le contraire. Bon, cela peut se comprendre, il pleut tout le temps là-bas. Mais il faut l’avouer, ça marche plutôt bien. Certains me disent que c’est un aria à ajuster. Encore bizarre, en vélos de montagne, personne ne se plaint. J’ai remarqué que chacun a sa petite méthode pour ajuster des freins à disques qu’il considère être comme la meilleure. Alors, utilisez-là! En tout cas, une fois que les freins à disque sont rodés, c’est rassurant de savoir qu’ils donneront leur plein potentiel en tout temps.

Mais ce matin, je n’ai que mes patins usés et une roue avant légèrement tapée. « Cout-donc », sur quoi tu roules? J’ai dit que j’avais pris une « bonne débarque ». N'empêche que ces roues sont solides! Doubles parois et 32 rayons, ça aide. Malgré le nid-de-poule caché dans une magnifique flaque d’eau et mon élégant vol plané, je suis remonté sur un vélo qui ne semblait pas avoir été moindrement ébranlé ni affecté par ma mésaventure. Et comme je suis fidèle, je l’ai gardé et je l’utilise encore souvent.

Il est vrai que par ces temps-ci, ayant découvert les attraits et les bénéfices du « Slow Bike », j’ai beaucoup plus tendance à prendre mon vélo urbain confort. Bien sûr, je mets plus de temps à me rendre au travail, mais si je fais le calcul, cela me prend le même temps qu’avec mon vélo de compétition. Là tu charries un peu!

Non, non, pas du tout! Considérant que je mets (si tout va bien) un quart d’heure à m’habiller en coureur du tour de France, à préparer mon sac avec des vêtements et chaussures de rechange, à remettre mon cyclomètre à zéro, puis que je mets une heure pour le trajet, pour enfin arriver au travail, prendre un autre quart d’heure (si tout va encore bien) pour prendre une douche et me changer, cela donne une heure et demie. Si je prends mon vélo « Slow bike ». je pars tous de suite, tel que vêtu, je mets une heure et demie de trajet et j’arrive au bureau où je commence à travailler… Et c’est l’occasion de m’obstiner avec mon fameux collègue compétiteur, sur le point de vue de l’efficacité cycliste.

Mais je dois vous laisser, j’arrive justement au boulot. Bonne journée!

lundi 8 juin 2009

La vraie révolution « tranquille » est amorcée!


Photos : Alec

La révolution urbaine du cyclisme est en marche depuis un moment, mais elle a acquis un coup d’accélérateur récemment, grâce (à cause) du marasme économique et les divers coûts de l’essence. Mais, mis à part le fait de se mettre en forme ou de donner un coup de main à l’environnement, car ces deux faits se font « de facto » sitôt que l’on enfourche sa monture, c’est surtout la découverte d’un nouveau rythme de vie dont il est question ici.

Bien sûr, on peut voir le milieu urbain comme un facteur de stress en vélo. Tout est affaire de perception et de manière d’envisager les choses. (verre à moitié…)
Si on choisi bien ses parcours, car il y a toujours des rues alternatives moins achalandées dans une ville, si on détermine bien son temps de déplacement, on découvrira que le vélo en ville procure un bien-être particulier.

Voir, regarder, entendre, même humer la ville, sont des choses que l’on ne fait plus. On se déplace du point A au point B dans le même état d’esprit qu’en automobile. Oui, nous sommes en Amérique du Nord, pas en Europe, oui, le cyclisme urbain ne sera jamais à l’image d’Amsterdam ou de Copenhague, mais il y a moyen de faire en sorte de créer notre propre cyclisme urbain. D’ailleurs, en ville, on ne fait pas du cyclisme, on « utilise » son vélo, ce qui est très différent.

« chi va piano, va sano e va lontano » (qui va doucement, va sainement et va loin). Cette sagesse issue de ce dicton italien est à la base même d’un nouvel état d’esprit du cyclisme urbain. Le « Slow Bike » à l’instar du « Slow Food » nous fait redécouvrir le vélo non plus comme un simple moyen de transport, mais aussi un moyen culturel de transport.

La vraie révolution « tranquille » est amorcée!

mercredi 3 juin 2009

Prendre le temps d'y penser


Photo : Alec

En roulant sur mon Cervin, le long du canal Lachine, proche de Griffintown, là où les industries d'antan tournaient à plein régime, et que le silence maintenant remplace le tintamarre mécanique d'autrefois, il me vient à penser à la manière de faire les choses… avant. Avant l'ordinateur, avant la recherche de performance, avant... que tout aille si vite et soit jeté aussitôt.

Bien sûr, il n'y avait pas tant de matériaux de pointe, ceux-là même qui nous permettent aujourd'hui de faire des objets plus légers, meilleur marché, etc.
Tiens, justement, sans ces nouveaux matériaux, mon vélo aurait été en acier et pèserait 45 livres, voire plus. Alors que maintenant, il est en aluminium et ne dépasse guère les 30 livres, tout équipés.
Et le vélo de compétition de mon collègue Stéphane Le Beau, le super champion du monde sur piste, le maître C qui court chez les maîtres A et qui gagne tout, son fameux vélo tout en carbone ne pèse que 15 livres...

Bien sûr, ces machines sont devenues performantes et efficaces. Mais dans cette course effrénée de l'industriel, où est passé l'artisan, celui qui passait plus de temps, peut-être trop pour certains, à faire en sorte que sont ouvrage soit le mieux fait, et surtout le plus beau? Où est l'artisan qui s'attardait aux détails, ces détails que l'on ne voit pas toujours mais qu'inconsciemment on ressent? La petite courbe subtile, la fioriture de prime abord inutile mais qui enjolive le quotidien d'une pièce mécanique brut. Où est cet artisan qui, par son intervention devenait à son tour créateur? Nous devons le retrouver dans nos gestes, dans nos façons de faire, dans notre façon d'appréhender notre présent.

Je ne suis pas contre le progrès, bien au contraire, mais pour moi le progrès devrait justement être une progression vers un "mieux en mieux", et pas forcément toujours une recherche du "meilleur à tout prix". Question de rythme.
En alliant le savoir-faire, la patience et la passion, il me semble que là aussi le temps peut jouer un rôle bénéfique. Prendre le temps de penser, prendre le temps de réfléchir, de remettre en question ce que l'on a fait, ce que l'on a créé ou produit, même de se remettre en question, car rien n'est acquis.

Les vélos Urbanista sont un écho à cette pensée. Ce qui a été bien avant, peut être aussi bien aujourd'hui et peut être encore mieux si on y pense bien, si on prend le temps d'y penser.


Photo : Alec

jeudi 15 janvier 2009

Madame Berthe, de Berthierville (2)

Madame Berthe de Berthierville, le mollet quelque peu endolori par sa dernière randonnée mouvementée, sortit de chez elle, son fier vélo bien en main. Pas de voisine jurée en vue, pas de regard scruteur inopportun, tout allait bien. Elle pouvait librement aller rouler sur les chemins ensoleillés. Elle s'étonna d'avoir plus de facilité qu'à l'habitude pour enfourcher sa monture, malgré ses muscles raides.

Ah, que la route était belle, que des arbres verts et le ciel bleu !...
Aucune côte ne dérangerait Madame Berthe ce jour-là.
Toutefois, au bout de quelques centaines de mètres, elle sentit ses cuisses chauffer outre mesure. Aucun vent, pourtant, ne lui faisait face, aucun faux-plat ne s'opposait à sa ligne de conduite. Mais ses cuisses semblaient pourtant forcer plus que d'ordinaire.

Sur un trottoir, le jeune Nicolas, 8 ans, pédalait avec ferveur sur son magnifique tricycle rouge "Radio-Flyer". 8 ans ? « Un peu trop grand pour ce petit tricycle, se dit Madame Berthe. » Le petit Nicolas pédalait les genoux sous le menton.

Soudain, leur regard se croisèrent. Le petit stoppa net, les bras et les jambes semblables à une grenouille tétanisée. Son petit regard noir était si intense qu'il troubla Madame Berthe. Celle-ci, hypnotisée par cet iris inquisiteur, faillit faire une embardée dans la haie de cèdre de Monsieur Constant, anciennement de Saint-Constant.
Celui-ci, le boyau d'arrosage pendouillant nonchalamment à la main, déversant un malingre et inutile filet d'eau sur son allée d'asphalte, fraîchement goudronnée au Superbouchtrou2000™, assista à la scène sans sourciller, sans même que la moindre pensée lui traverse l'esprit.

C'est alors que Madame Berthe se ravisa et évita de peu la haie verte, Pantone #3305C, coupée au millimètre par le Superkouptouara2000™. Madame Berthe se mit à rire. Un rire qui passa presqu'au fou rire. Monsieur Constant, dans sa constance légendaire garda la pose, toujours aussi passif et massif. Madame Berthe passa devant lui et continua à rire aux éclats. Le petit Nicolas n'avait, lui non plus, pas bougé d'un iota, subjugué par l'hilarité de cette vieille dame à bicyclette.

En fait, Madame Berthe riait d'elle-même, car elle avait compris, en voyant la pose batracienne du petit Nicolas, qu'elle avait dû lui ressembler tout au long de son parcours. En effet, la veille, à l'épicerie, suite aux judicieux conseils de son neveu, fier amateur de vélo, elle avait, pour la première fois, retiré la selle avec la tige de selle, de son bicycle pour ne pas se la faire dérobée. Mais elle ne l'avait pas remise à la même et bonne hauteur. C'est ainsi que Madame Berthe pédalait depuis ce matin, les genoux presque sous le menton, tout comme le petit Nicolas, ne permettant pas à ses jambes de bien s'épanouir dans la joie et l'allégresse de cette belle matinée d'été !
Elle s'arrêta donc, non sans peine, devant l'allée asphaltée, afin d'ajuster la hauteur de sa selle. Pour sa part, Monsieur Constant, incrédule devant tant d'action, ne s'aperçu pas que le rire de Madame Berthe venait de changer de source. Madame Berthe regardait Monsieur Constant s'arroser les pieds depuis plusieurs secondes.

Je dédie ce texte à toutes les personnes que je vois forcer pour rien à cause d'une selle trop basse, le long de mon parcours maison-bureau.

De la série : "les aventures de Madame Berthe de Berthieville"
Madame Berthe de Berthieville (1)